Trente années sans interruption, et puis plus rien. Depuis le 14 août 2026, Disney+ a définitivement enterré son projet de série Power Rangers en prises de vues réelles, mettant fin à la dernière tentative sérieuse de ramener la franchise à l’écran. Résultat : aucune chaîne, aucune plateforme, nulle part dans le monde, ne développe aujourd’hui le moindre programme Power Rangers. Même en France, où la saga a longtemps cartonné sur les chaînes jeunesse, c’est silence radio.
Le coup vient de Deadline, qui a révélé l’information en exclusivité. Disney+ ne donne pas suite à la série live-action Power Rangers imaginée par les showrunners de « Percy Jackson and the Olympians », Jonathan E. Steinberg et Dan Shotz. Le média américain souligne à quel point la décision paraît absurde d’un point de vue business : l’ancienne série avait pourtant duré 30 ans sans interruption et s’était même hissée dans le top dix mondial de Netflix, alors pourquoi abandonner ça pour un pari coûteux, quand même des licences aussi puissantes que Supergirl ou He-Man peinent à fonctionner ? La question, posée par Deadline lui-même, résume assez bien le malaise ambiant dans l’industrie du streaming en ce moment.
À retenir
- Une franchise légendaire de 30 ans s’arrête brutalement après plus de 970 épisodes diffusés
- Disney+ abandonne son reboot live-action pour des raisons financières et de droits d’auteur
- Même la série japonaise source, Super Sentai, vient de s’éteindre définitivement
Un projet mort avant même d’avoir tourné une image
Le reboot avait pourtant tout pour convaincre sur le papier. Annoncé en mars 2025, il réunissait Hasbro Entertainment et 20th Television, avec une équipe créative qui venait de prouver son savoir-faire sur une autre adaptation à succès. Mais quinze mois plus tard, le couperet tombe. Selon les informations recueillies par Deadline, la décision tiendrait à deux raisons qui se recoupent : un coût de production jugé trop élevé, et le fait que la licence n’appartient plus à Disney depuis 2010, puisque c’est aujourd’hui Hasbro qui détient les droits. une plateforme qui ne possède pas la propriété intellectuelle rechigne de plus en plus à financer une grosse production de super-héros pour le compte d’un tiers.
Le timing rend l’annonce d’autant plus frustrante que la franchise semblait justement reprendre des couleurs ailleurs. Alors que Power Rangers retrouvait un peu d’élan avec une gamme de jouets Re-Ignition bien accueillie et trois nouvelles séries de comics chez BOOM! Studios, la piste la plus visible pour un retour à l’écran, une série live-action pour Disney+, venait de s’éteindre. Un aparté qui en dit long : la marque continue de vivre dans les rayons de jouets et les librairies, mais elle a perdu, pour l’instant, toute existence télévisuelle. Ce n’est pas la première fois que la licence bute sur ce mur financier : un précédent projet développé avec Netflix devait déjà inaugurer une nouvelle continuité, mais cette collaboration avait pris fin avant d’aboutir, poussant Hasbro à chercher un nouveau partenaire.
Trente ans, mille épisodes, et un vide inédit depuis 1993
Pour mesurer l’ampleur du trou d’air, il faut revenir un peu en arrière. Depuis « Mighty Morphin Power Rangers » en 1993, la franchise n’avait jamais connu une seule année sans nouveaux épisodes, jusqu’à ce que « Power Rangers Cosmic Fury » tire sa révérence en 2023. Le programme s’est achevé après 30 saisons et 974 épisodes, plus un film. Netflix, qui détenait les droits de diffusion à l’époque, avait tenté d’accompagner la fin de cycle en beauté avec un téléfilm spécial réunissant une partie du casting original de 1993, mais cela n’a pas suffi à relancer une nouvelle saison.
En France, l’histoire est tout aussi vertigineuse. Les Power Rangers ont longtemps été un pilier des chaînes jeunesse du groupe M6. La série, traduite dans une dizaine de langues et diffusée dans 150 pays, comptait déjà plus de 900 épisodes et 3 films, diffusée en exclusivité TV sur Canal J et Gulli depuis 2011. Depuis son arrivée à l’antenne en 2011, près de 15 000 épisodes cumulés avaient été diffusés sur ces chaînes, pour 44 millions de téléspectateurs uniques sur Gulli en dix ans. Un chiffre qui donne le vertige, presque autant que la population entière de la Norvège cumulée plusieurs fois. Mais depuis la fin de Cosmic Fury, plus aucune nouvelle saison n’a alimenté ces grilles, et les rediffusions ont fini par s’espacer avant de disparaître des antennes hexagonales.
Même le Japon a débranché la source originale
Le plus troublant, c’est que ce vide ne concerne pas seulement la version américaine. La série japonaise « Super Sentai », dont chaque saison de Power Rangers reprend les décors et les combats de robots depuis 1993, vient elle aussi de s’arrêter après un demi-siècle d’existence ininterrompue. Toei avait lancé le premier Super Sentai, « Himitsu Sentai Goranger », en 1975, et diffusé 49 itérations différentes depuis, avant que tout s’arrête définitivement. La raison invoquée par la chaîne TV Asahi et rapportée par l’agence Kyodo News tient en une phrase : « des revenus insuffisants issus des événements liés à la série, des produits dérivés et des adaptations cinématographiques par rapport aux coûts de production ». la matière première elle-même, celle qui permettait de fabriquer des Power Rangers à moindre coût en recyclant des images japonaises, n’existe tout simplement plus.
Cela ne signifie pas la fin définitive de la licence. La disparition du projet Disney+ ne signifie pas que Hasbro abandonne Power Rangers : c’est cette incarnation précise de la série qui ne verra pas le jour chez Disney, et non la franchise elle-même, puisque Hasbro reste propriétaire de la marque et peut recommencer à chercher un studio ou une plateforme. Reste que pour la première fois depuis trois décennies, il n’existe littéralement aucun projet télévisé en développement actif chez aucun diffuseur, aucun chantier de reboot annoncé, et aucune nouvelle saison japonaise à recycler pour repartir vite et pas cher. Le prochain rendez-vous des fans pourrait bien se jouer ailleurs : en novembre, plusieurs centaines de costumes et accessoires originaux des trente années de tournage passent aux enchères chez Heritage Auctions à Dallas, un symbole assez cruel d’une franchise qui, pour l’instant, semble davantage vivre dans les vitrines des collectionneurs que sur le petit écran.
Sources : comic.systems | deadline.com | superpouvoir.com