Tim Curry est mort dans la nuit du 25 au 26 août 2026, à son domicile de Toluca Lake, en Californie. Sa mort a été confirmée par sa manageuse et amie de longue date Marcia Hurwitz, aucune cause n’ayant été communiquée. L’acteur britannique avait 80 ans et vivait depuis 2012 avec les séquelles d’un accident vasculaire cérébral qui l’avait laissé en fauteuil roulant. Mais s’il y a un rôle qui continue de hanter les nuits de plusieurs générations, c’est bien celui de Grippe-Sou, le clown de Ça, tourné en 1990 pour la télévision américaine. Et la méthode qu’il employait sur ce plateau explique, mieux que n’importe quelle analyse critique, pourquoi personne n’a jamais réussi à l’égaler.
À retenir
- Tim Curry fumait délibérément en maquillage et souriait méchamment aux enfants pour les intimider entre les prises
- L’acteur détestait profondément les clowns et n’a jamais aimé incarner Grippe-Sou, mais cela n’a rien enlevé à son génie
- Le contraste saisissant entre sa terreur calculée face caméra et sa chaleur authentique hors caméra révèle l’essence même de son métier
Une terreur fabriquée entre les prises, pas seulement devant la caméra
Vingt-sept ans avant que Bill Skarsgård n’endosse le costume de Pennywise pour le cinéma, Tim Curry avait revêtu le maquillage de clown pour la mini-série ABC de 1990. La comparaison est cruelle pour Curry sur le papier : là où Skarsgård multipliait les gestes attentionnés envers les jeunes acteurs entre les prises, l’Anglais avait choisi l’exact opposé. Selon Emily Perkins, qui incarnait la jeune Beverly Marsh, Tim restait assis dans son fauteuil à fumer cigarette sur cigarette en plein maquillage, et quand les enfants acteurs s’approchaient trop, il leur adressait un sourire avec ses dents horriblement pointues, cherchant délibérément à les intimider pour que la peur dans leurs performances soit réelle.
Ce n’était pas une lubie ponctuelle mais une véritable discipline de tournage. Les enfants de la bande des Losers, dont Seth Green et Brandon Crane, ont confirmé que Curry était si convaincant qu’ils l’évitaient largement sur le plateau, l’acteur restant en personnage entre les prises, fumant et montrant ses dents jaunies dès que les enfants s’approchaient trop. Une anecdote rapportée par le Boston Globe illustre bien ce dosage entre intimidation calculée et respect professionnel : lors de sa première apparition dans l’égout, un jeune acteur partageant la scène s’était arrêté en disant « Tim, tu me fais peur », ce à quoi Curry avait répondu avec courtoisie que c’était précisément ce qu’il était censé faire.
Le résultat, trois décennies plus tard, reste la référence absolue du clown malveillant au cinéma et à la télévision. Aucun artifice numérique, aucune prosthèse envahissante : juste un acteur qui a accepté de devenir suffisamment effrayant pour que la peur de ses jeunes partenaires cesse d’être du jeu.
Un rôle qu’il a fini par détester, malgré tout
Le paradoxe, c’est que Curry n’a jamais aimé Grippe-Sou. Bien au contraire. L’acteur, alors âgé de 79 ans, a expliqué dans son mémoire qu’il avait accepté le rôle malgré le fait qu’il détestait les clowns. Cette aversion s’est prolongée bien après le tournage : dans son mémoire « Vagabond », Curry a admis qu’il continuait de détester Pennywise, même si ses sentiments étaient plus nuancés que certaines légendes de tournage ne l’ont laissé croire. La rumeur voulant qu’il ne puisse même plus se regarder dans un miroir en costume était exagérée, a-t-il précisé, tout en confirmant qu’il ne prenait aucun plaisir à voir son reflet grimé.
Ce dégoût du costume ne venait pas de nulle part. Curry avait d’abord refusé le rôle en raison de sa mauvaise expérience avec les prosthétiques lourds du Seigneur des Ténèbres dans « Legend », et c’est seulement après que le réalisateur Tommy Lee Wallace a négocié un maquillage moins encombrant que l’acteur a accepté. Bonne pioche : le dispositif final misait sur son jeu facial plutôt que sur des couches de latex. Le maquillage conçu par Bart Mixon privilégiait les expressions de Curry plutôt qu’une prosthétique lourde, n’utilisant que quelques pièces pour façonner ses sourcils, son nez, ses joues et son menton, même si la transformation exigeait tout de même environ trois heures d’application chaque jour. Trois heures. Chaque jour de tournage. Pour un acteur qui, sous le fard, gardait une conscience aiguë de détester ce qu’il incarnait, l’exploit prend une tout autre dimension.
Le clown terrifiant, l’homme chaleureux : la double vie du plateau
Ce qui rend l’histoire de Ça fascinante, c’est ce contraste permanent entre le monstre fabriqué pour la caméra et l’homme qui existait en dehors. Le réalisateur Tommy Lee Wallace décrivait Curry comme un professionnel toujours préparé et facile à diriger, estimant que son rôle se limitait à lui laisser la scène sans trop s’interposer, alors qu’à l’opposé de son personnage terrifiant, Curry se montrait chaleureux et plein d’humour avec l’équipe. Entre deux scènes éprouvantes dans le décor du théâtre, il improvisait même des chansons pour distraire les jeunes figurants fatigués par les longues journées de tournage.
Cette double vie de plateau, terreur calculée face caméra, camaraderie sincère dans les loges, en dit long sur ce que Curry considérait comme son métier : donner corps à une entité qui se nourrit littéralement de la peur enfantine, sans jamais confondre le rôle avec l’humain. Une nuance que le documentaire Pennywise: The Story of It, sorti quelques années plus tôt et réunissant témoignages de Seth Green, Richard Thomas ou encore Bart Mixon, avait déjà mise en lumière avant que la mort de l’acteur ne relance l’intérêt pour cette légende de tournage.
Grippe-Sou n’était qu’un rôle parmi une centaine pour cet acteur qui avait aussi électrisé les salles obscures en Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Picture Show, glacé le sang en Lord of Darkness dans Legend, et amusé des familles entières en concierge malicieux dans Maman, j’ai encore raté l’avion. Mais c’est bien dans les égouts de Derry, avec une cigarette à la main et un sourire à dents pointues réservé aux enfants trop curieux, que Tim Curry a prouvé qu’un grand acteur n’a pas besoin d’aimer son personnage pour le rendre inoubliable.
Sources : cinealliance.fr | variety.com