Plus personne ne verra les intrigues secondaires réclamées par les lecteurs : voici ce que HBO Max garde à la place dans chaque saison

Casey Bloys, le patron des contenus de HBO et HBO Max, a été limpide sur sa méthode : il préfère « faire ce que les créatifs veulent faire » plutôt que d’écouter les demandes insistantes des fans sur les réseaux sociaux. Une philosophie qui se vérifie saison après saison sur les plus grosses productions de la plateforme, et qui explique pourquoi certaines intrigues réclamées à cor et à cri par les lecteurs des œuvres originales finissent purement et simplement à la trappe.

L’exemple le plus parlant reste House of the Dragon. La série s’appuie sur Feu et Sang, le roman de George R.R. Martin qui regorge de personnages secondaires, de rumeurs contradictoires et de sous-intrigues que les lecteurs auraient adoré voir développées à l’écran. Mais le showrunner Ryan Condal a fait des choix radicalement différents, quitte à s’attirer les foudres de l’auteur lui-même.

À retenir

  • Pourquoi HBO Max refuse systématiquement de suivre les fans sur les réseaux sociaux
  • Comment House of the Dragon a radicalement divergé de l’œuvre originale de George R.R. Martin
  • Quel type de contenu remplace vraiment les intrigues secondaires sacrifiées

Bloys assume : les créatifs d’abord, les fans ensuite

Interrogé sur la future série Harry Potter, Bloys a été catégorique sur sa ligne éditoriale. Il a expliqué qu’il se sentait à l’aise à travailler avec l’auteure des livres, mais qu’il préférait « faire ce que les créatifs veulent faire » plutôt que d' »écouter les conversations des fans ». Une déclaration qui vaut pour l’ensemble du catalogue prestige de la chaîne, pas seulement pour l’univers des sorciers.

Cette logique a un coût, et il est loin d’être anecdotique. Pour donner un ordre de grandeur : House of the Dragon a coûté près de 200 millions de dollars et a fait l’objet de la plus grosse campagne marketing de l’histoire de HBO, évaluée à plus de 100 millions de dollars en dépenses médias. Avec un tel budget concentré sur quelques intrigues centrales, difficile de justifier des heures d’antenne consacrées à des personnages périphériques que seuls les lecteurs les plus assidus réclament.

House of the Dragon, le cas d’école qui fâche George R.R. Martin

La saison 3 de la série a cristallisé ce choix stratégique. L’auteur a accusé le showrunner Ryan Condal d’avoir trop déformé l’œuvre de base, le roman Feu et Sang. Concrètement, plusieurs pans de l’intrigue politique décrits dans le livre passent à la trappe, remplacés par des scènes inventées de toutes pièces pour resserrer le récit autour de la psychologie des personnages principaux.

Condal ne s’en cache pas. Interrogé sur les libertés prises avec le matériau d’origine, notamment sur la dérive tyrannique prêtée à Rhaenyra en fin de saison, il a justifié ce choix en expliquant : « Les Targaryen racontent n’importe quoi en permanence ! Ce n’est pas dans le livre ni dans l’Histoire, mais on raconte beaucoup que Rhaenyra est devenue autoritaire, qu’elle a fini par se comporter en tyran, et qu’elle était très impopulaire auprès du peuple. » Il a ajouté avoir imaginé que « ça avait pu se produire sans que personne ne s’accorde vraiment sur ce qui s’était passé, et que ce n’était donc jamais entré dans les annales ».

: là où le livre multiplie les points de vue contradictoires et les sous-intrigues de personnages secondaires (seigneurs mineurs, chevaliers de dragons anonymes, complots de cour annexes), la série choisit de trancher, de simplifier, et de concentrer la caméra sur une poignée de figures. Le prix à payer ? Des pans entiers de Feu et Sang jamais adaptés à l’écran, au grand dam des lecteurs qui espéraient les retrouver.

Ce que HBO Max garde à la place : la psychologie plutôt que le lore

Ce qui remplace ces intrigues coupées n’est pas du remplissage. C’est un pari narratif assumé : plutôt que de suivre fidèlement la multitude de voix du roman, la série invente des scènes entièrement nouvelles pour approfondir les rapports de force entre les personnages déjà installés à l’écran. La ligne narrative de ser Hugh Marteau, infiltré à Chutebourg pour retrouver sa femme, ou encore le duel psychologique entre Aemond et sa mère Alicent à Harrenhal, illustrent bien cette méthode : des scènes originales, absentes du texte de Martin, pensées pour nourrir la tension dramatique plutôt que pour cocher les cases du fan-service littéraire.

Le même principe se retrouve ailleurs dans le catalogue HBO Max. Sur des productions comme Euphoria ou The Pitt, les showrunners privilégient systématiquement l’exploration approfondie d’un noyau de personnages plutôt que la multiplication de fils narratifs annexes. La stratégie est cohérente avec la philosophie de Bloys : moins de séries, des budgets plus concentrés, et une volonté de livrer un objet resserré, quitte à sacrifier la fidélité exhaustive aux œuvres sources.

Pour les lecteurs de Feu et Sang qui espéraient voir enfin à l’écran certains complots secondaires ou personnages mineurs du livre, le message est clair : la saison 4, qui doit conclure l’histoire de House of the Dragon, poursuivra sur cette lancée. George R.R. Martin continuera probablement de s’agacer publiquement des écarts pris avec son texte, mais la chaîne, elle, a visiblement fait son choix depuis longtemps : mieux vaut un récit resserré et maîtrisé qu’une adaptation exhaustive qui dilue l’attention du spectateur sur trop de fronts à la fois.

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