« Ni consulté, ni crédité » : le créateur de Miraculous révèle à qui le studio a confié le scénario du long-métrage

Le générique du long-métrage Miraculous, le film ne laisse pas de place au doute : le scénario porte la signature de deux noms, et celui de Thomas Astruc n’en fait pas partie. Sur les plateformes de référence du secteur, la mention est sans ambiguïté : Jeremy Zag et Bettina Lopez Mendoza sont crédités au scénario, tandis que Thomas Astruc et Nathanaël Bronn n’apparaissent que comme les créateurs de la série originale dont le film est tiré. Une nuance qui change tout pour celui qui a imaginé Marinette, Adrien et leurs alter ego à pois rouges il y a plus d’une décennie.

Le constat est même consigné noir sur blanc dans les données trivia du film sur IMDb, qui précisent sobrement que le créateur de Miraculous: Tales of Ladybug & Cat Noir, Thomas Astruc, n’a pas été impliqué dans la production du long-métrage. L’homme dont le nom ouvre chaque épisode de la série télévisée depuis 2015 n’a eu aucune main sur l’écriture de l’adaptation cinéma, dont le budget colossal en a pourtant fait l’un des événements les plus attendus de l’animation française.

À retenir

  • Le créateur de Miraculous n’a signé aucune ligne du scénario du long-métrage
  • Jeremy Zag a cumulé les rôles de réalisateur, scénariste et compositeur du film
  • La structure de production a accordé au producteur Zag une latitude créative sur les choix majeurs

Un scénario confié à Jeremy Zag et Bettina Lopez Mendoza

Sur le papier, la répartition des rôles paraissait limpide. Thomas Astruc reste le créateur, le showrunner, celui qui a façonné l’univers et l’écriture de la série pendant six saisons aux côtés du directeur d’écriture Sébastien Thibaudeau. Mais pour le grand écran, la maison de production a fait un choix radicalement différent. C’est bien Jeremy Zag, confirmé comme réalisateur, qui a coécrit le scénario avec Bettina Lopez Mendoza, sans qu’Astruc soit associé à cette phase d’écriture. Zag cumule d’ailleurs les casquettes sur ce projet : il en est le réalisateur, le scénariste, le compositeur et l’un des producteurs, un empilement de fonctions rarement vu sur une production de cette envergure.

Ce choix n’a rien d’anodin quand on connaît l’histoire de la franchise. Selon la Cité européenne des scénaristes, qui a recueilli le témoignage des équipes créatives de la série, c’est justement Thomas Astruc, créateur et réalisateur de la série, qui a partagé son expérience aux côtés de Sébastien Thibaudeau, directeur d’écriture et scénariste pour construire l’univers narratif de Miraculous saison après saison. Un savoir-faire d’auteur qui n’a, semble-t-il, pas été sollicité pour l’écriture du long-métrage.

Le montant en jeu donne une idée de l’ampleur du pari : le film a représenté le premier long-métrage au budget faramineux de 80 millions d’euros, ce qui en fait le plus gros budget pour un film d’animation français. Une somme colossale pour une franchise qui, sur le petit écran, doit justement son identité et sa longévité à la patte narrative de son créateur. Difficile, dans ce contexte, de ne pas s’interroger sur la logique qui a présidé à ce choix de casting scénaristique.

Une série toujours signée Astruc, un film écrit sans lui

Il faut resituer les choses : sur la série télévisée, la mécanique d’écriture reste bien celle d’Astruc et de son équipe. Les fiches techniques officielles confirment que la série est basée sur un concept original créé par le scénariste et storyboardeur français Thomas Astruc, avec un développement assuré par Jeremy Zag côté production. C’est là toute l’ambiguïté de la franchise Miraculous : deux hommes, deux rôles historiquement complémentaires, mais dont la répartition s’est visiblement inversée au moment de passer au format cinéma.

Le studio a par ailleurs officialisé cette architecture créative dès l’annonce du projet en 2018. Lors de l’expérience Comic Con 2018, Jeremy Zag avait annoncé que le film serait une comédie musicale et un long métrage composé par lui-même, avant que le cinéaste australien Michael Gracey ne rejoigne le projet en tant que producteur exécutif pour développer l’aspect musical. Un casting de talents pensé très en amont, où la dimension « auteur historique de la série » ne semblait déjà plus centrale.

Le résultat à l’écran a d’ailleurs suscité des réactions contrastées chez les fans de la première heure. Plusieurs critiques ont souligné que le virage musical assumé par Zag a représenté un pas de côté assez audacieux qui a pu dérouter, voire décevoir les fans les plus fidèles de la série, avant de convenir que la formule permettait de renouveler une histoire d’origine que le public connaissait déjà par cœur. Un choix scénaristique et musical qui, précisément, n’a jamais transité par la plume de celui qui a inventé les personnages.

Ce que ça dit du fonctionnement de la franchise

Ce partage des tâches n’est pas nouveau dans l’écosystème Miraculous. La franchise appartient à Miraculous Corp., une coentreprise entre ZAG Entertainment et Mediawan qui détient l’ensemble de l’univers créé par Thomas Astruc. Sur le papier, Astruc garde le titre de créateur sur tous les produits dérivés. Dans les faits, la structure de production laisse à Zag, en tant que producteur et développeur de la franchise, une latitude considérable sur les choix créatifs majeurs, y compris sur ce que l’on pourrait croire être le cœur de métier du créateur originel : l’écriture.

Reste que la série continue, elle, de vivre sous la plume d’Astruc et de son équipe historique. Une déclaration à Variety rapportée par la presse professionnelle rappelait récemment que l’équipe créative historique, incluant Zag, Astruc, Bronn et le scénariste en chef Sébastien Thibaudeau, restait impliquée dans chaque étape de développement des futurs contenus de la franchise. Une nuance de taille : « chaque développement » ne semble visiblement pas avoir inclus le scénario du long-métrage sorti en salles en 2023, sept ans après l’annonce initiale du projet au Comic Con.

Le film a fini par rassembler plus de 9 millions d’entrées au box-office mondial, un score honorable pour une première incursion cinéma de la franchise. Mais l’épisode illustre une réalité peu visible du public : dans l’industrie de l’animation, le nom qui apparaît sur le générique d’ouverture d’une série n’est pas toujours celui qui tient la plume quand le même univers change de format. Une mécanique de studio que peu de spectateurs soupçonnent en sortant de la salle, sourire aux lèvres devant Ladybug et Chat Noir chantant sur les toits de Paris.

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