« Human Best Friend » aurait pu s’appeler autrement, tant L’épisode diffusé le 6 août sur Paramount+ tourne officiellement autour de Kirk et Spock ivres d’une atmosphère psychédélique. Pourtant, sous la comédie potache façon Very Bad Trip, c’est bien la relation Spock/Chapel qui continue de tenir la charpente émotionnelle de la saison 4 de Strange New Worlds. Et la raison pour laquelle les scénaristes peuvent se permettre de construire tout un arc sur ce couple remonte à une scène tournée en 1966, que plus aucun fan ne prenait vraiment au sérieux avant l’arrivée de la série.
À retenir
- Une confession de Chapel à Spock en 1966 était considérée comme une simple blague comique pendant 57 ans
- Strange New Worlds l’a réinterprétée comme la preuve d’un amour sincère, recontextualisant l’ensemble de la série originale
- Chaque romance secondaire de Spock dans la série actuelle continue de graviter autour de cet instant fondateur oublié
Une confession sous acide chimique, oubliée pendant cinquante-sept ans
Tout commence dans « The Naked Time », quatrième épisode de la première saison de la série originale. La nurse Christine Chapel confesse pour la première fois son amour à Spock, coincé dans l’infirmerie après avoir été contaminée, comme tout l’équipage, par un composé mystérieux qui détruit les inhibitions. Sur le moment, la scène passait pour une pirouette comique. Chapel n’est pas elle-même, Sulu court dans les couloirs avec une épée, et personne, dans le fandom, n’a jamais pris cette déclaration pour argent comptant.
C’est bien le problème. Ce moment reste la preuve la plus évidente des sentiments de Chapel, mais comme cette confession n’arrive que sous l’effet d’un virus qui abaisse les inhibitions, elle a longtemps été balayée d’un revers de main. Pendant des décennies, les ouvrages de référence sur la série n’y voyaient qu’un gimmick d’écriture. Le scénariste David Gerrold estimait même que le personnage de Chapel avait été créé spécifiquement pour incarner un amour non partagé, nécessaire pour dramatiser la froideur vulcaine de Spock. Une utilité dramaturgique, pas une vraie histoire d’amour.
Strange New Worlds transforme l’anecdote en fondation
Il a fallu attendre la saison 2 de Strange New Worlds, en 2023, pour que cette scène redevienne pertinente. Dans l’épisode « Charades », Spock et Chapel finissent par céder à leurs sentiments et s’embrassent, ce qui recontextualise l’ensemble de leurs interactions dans la série originale, transformant ce qui n’était qu’une note comique aux dépens de Chapel en quelque chose de plus sincère et de plus tragique. Du jour au lendemain, la confession de 1966 n’était plus une blague de scénario mais la preuve d’un vrai passé commun.
La saison 3 est allée chercher un autre épisode de la même année pour enrichir le puzzle. Le showrunner Akiva Goldsman a expliqué s’être appuyé sur le destin de Korby dans « What Are Little Girls Made Of? », l’épisode de 1966 où l’ex-fiancé de Chapel s’entoure de robots avant de se créer lui-même un corps mécanique, pour justifier le retour du personnage de Roger Korby dans la vie de Christine. Deux scènes tournées la même année, oubliées pendant des décennies, sont ainsi devenues les deux piliers narratifs de tout l’arc amoureux de Chapel dans la série actuelle.
Ce que « Human Best Friend » ajoute, malgré lui, au triangle
L’épisode du 6 août ne raconte pas frontalement une histoire Spock/Chapel. La série est de retour à sa formule habituelle, qui alterne les genres, avec cette fois une comédie d’erreurs inspirée de The Hangover mais aussi de l’épisode classique de 1966 « Shore Leave ». Officiellement, le cœur du récit, c’est un Spock complètement enivré qui passe son escale planétaire à jouer aux échecs et à discuter avec Kirk, avant de réaliser qu’il n’a jamais eu de « meilleur ami humain », quelqu’un avec qui partager pensées et émotions.
Mais Chapel n’est jamais loin. Sous l’effet de l’atmosphère intoxicante de la planète Cesnar, elle se découvre une passion insoupçonnée pour le bingo, écrasant sans pitié des retraitées lors de parties qu’elle prend bien trop au sérieux. Un détail cocasse, sauf qu’il s’inscrit dans un triangle amoureux que la critique n’a pas manqué de souligner. Un chroniqueur de sdccblog décrit d’ailleurs La’an comme la « situationship » de Spock, preuve que la romance avec Chapel, officiellement refroidie depuis l’arrivée de Korby en saison 3, continue de planer sur chaque interaction du Vulcain.
Certains observateurs jugent d’ailleurs que la série tarde à trancher. Le site Reactor notait à propos de cet épisode que Chapel devrait désormais avoir tourné la page de Korby et que sa relation avec Spock aurait encore beaucoup de choses à dire. Ce n’est pas un hasard : depuis quatre saisons, chaque romance secondaire de Spock, qu’il s’agisse de T’Pring, de Chapel ou aujourd’hui de La’an, se lit toujours en miroir de cette toute première confession de 1966, comme un point de gravité dont l’intrigue ne parvient jamais vraiment à s’éloigner.
La saison 4 compte dix épisodes et doit s’achever le 24 septembre 2026, avec un nouveau chapitre chaque jeudi. De quoi laisser aux scénaristes tout le temps nécessaire pour décider, enfin, si Christine Chapel referme la parenthèse Spock ou si, cinquante-neuf ans après une scène tournée sous l’emprise d’un faux virus, l’histoire trouve une conclusion à la hauteur de son origine.
Sources : reactormag.com | cbr.com