« Just kill my character, give the team something to do, and I’ll leave. » Ces mots, Paget Brewster les a prononcés face aux scénaristes d’Esprits Criminels il y a plus de dix ans, et elle continue de les revendiquer aujourd’hui avec la même clarté. Dans une interview accordée début août, l’actrice qui incarne Emily Prentiss depuis la saison 2 est revenue sur cette décision radicale : plutôt que de laisser son personnage disparaître dans le flou, elle a exigé une mort nette. Elle raconte : « So we were fired, the fans were upset, there was a petition… A.J. shot an episode to sort of explain where J.J. was going, but my agents had negotiated for me to do 17 episodes and then leave. Because we were fired. So I went to the writers and said, ‘Just kill my character, give the team something to do, and I’ll leave.’ I was heartbroken. »
À retenir
- Un licenciement maquillé en réduction budgétaire pousse l’actrice à négocier directement avec les scénaristes
- Paget Brewster impose une condition de mise en scène qui deviendra, sans le savoir, la clé de son retour
- La mobilisation des fans réécrira complètement le destin qu’elle avait elle-même réclamé
Un licenciement déguisé en coupe budgétaire
Retour en 2011. La série cartonne sur CBS, mais la production décide de dégraisser sa distribution. À la fin de la saison 5, la chaîne réduit le rôle de Prentiss et renvoie Jennifer Jareau, jouée par A.J. Cook, en invoquant des coupes budgétaires. Le problème, c’est que personne n’y croit vraiment, pas même les acteurs concernés. Brewster elle-même a plusieurs fois démonté cette explication officielle dans la presse, la qualifiant de prétexte peu convaincant pour justifier une décision purement éditoriale.
Ce qui frappe surtout, c’est le calendrier. L’an dernier [par rapport à cette interview de 2012], elle avait choisi de partir en demandant aux scénaristes de tuer son personnage, Emily Prentiss, lorsque CBS avait réduit son nombre d’épisodes et licencié A.J. Cook. Mais parce qu’elle avait encore un an de contrat, Brewster avait dû tourner un cliffhanger. Elle savait qu’elle partait, elle savait pourquoi, et elle a préféré reprendre le contrôle de la narration plutôt que de subir un vague fondu au noir scénaristique.
Pourquoi une mort plutôt qu’un simple départ
La logique derrière cette demande tient en une phrase : un personnage tué, c’est un personnage dont le deuil peut nourrir une saison entière. Un personnage qui « part travailler ailleurs », en revanche, laisse un vide creux, sans enjeu dramatique. Brewster voulait offrir à ses collègues de plateau et à l’équipe du BAU une vraie matière à jouer, pas une case vide dans le générique.
L’épisode « Lauren », diffusé en mars 2011, met en scène le retour d’Ian Doyle, un ancien amant devenu trafiquant d’armes, bien décidé à se venger d’Emily pour la mort supposée de son fils. La confrontation tourne mal, Prentiss est poignardée, et l’équipe la croit morte. Mais Brewster, consciente que son avenir sur la série restait juridiquement flou à cause de son contrat, avait posé une condition très précise au moment du tournage. Elle avait dit à l’équipe : « You’re not showing my face. You fired me, so they’ve written that I died, I died : I’ll shoot a scene, but I won’t show my face. » Elle a poursuivi : « I had to reach out and take a file, so now Emily’s alive. » Un détail technique qui, sans qu’elle le sache encore, allait devenir la porte de sortie idéale pour son retour.
Ce refus de montrer son visage n’était pas un caprice d’actrice. C’était un calcul assez malin, quelque part entre la loyauté envers la production qui venait de la virer et une petite police d’assurance personnelle. Elle voulait un point final digne pour Emily Prentiss, sans pour autant fermer complètement la porte si les choses tournaient en sa faveur.
La mobilisation des fans a tout changé
Et les choses ont tourné en sa faveur. Le licenciement de Brewster et Cook a déclenché une vague de colère chez les téléspectateurs, avec pétitions et campagnes sur les réseaux sociaux de l’époque. Grâce à la mobilisation des fans, Paget Brewster a pu finalement rester jusqu’à la saison 7, avant de choisir d’elle-même de quitter la série policière au terme de cette saison. La scène où l’on voit la main d’Emily attraper un dossier dans un aéroport parisien, ambiguë à souhait, a servi de pont narratif parfait entre la mort annoncée et la résurrection négociée.
Paget Brewster a confirmé être ravie que son personnage n’ait finalement pas été tué. Mais cela a laissé bien plus de place au drame en coulisses. Car si le retour d’Emily a comblé les fans, il a aussi ouvert une décennie de va-et-vient professionnel pour l’actrice : départ volontaire fin saison 7, apparitions ponctuelles en saisons 9 et 11, puis retour définitif à partir de la saison 12 pour remplacer Thomas Gibson, écarté de la série après un différend avec la production.
Emily Prentiss, un personnage qui refuse de mourir pour de bon
Prentiss joue un rôle central dans la série, devenant Chef d’Unité en saison 12 puis Chef de Section, poste qu’elle occupe encore aujourd’hui. Brewster a poursuivi son rôle dans le revival, Criminal Minds: Evolution. Difficile d’imaginer, avec le recul, que ce personnage aurait pu s’arrêter net sur une civière ensanglantée dans un appartement parisien il y a quinze ans. La demande initiale de Brewster, aussi sincère qu’elle fût sur le moment, a fini par devenir une simple étape dans un parcours bien plus long que prévu.
Ce qui rend l’anecdote savoureuse aujourd’hui, c’est le contraste entre l’intention et le résultat. Brewster voulait un point final propre pour éviter le flou artistique. Le public, lui, a préféré réécrire la fin. Vingt ans après le lancement de la série, Emily Prentiss est toujours en poste, et son interprète continue de raconter, avec un sourire résigné, comment sa demande de mort la plus sincère est devenue l’un des plus beaux retournements de situation de l’histoire de la franchise policière.
Sources : allocine.fr | imdb.com