Un cadavre de squid game version coréenne, un breakdown façon thriller psychologique signé David Fincher. C’est la promesse que Netflix a posée sur la table en confiant l’après-Gi-hun au réalisateur de Se7en et Gone Girl. Un choix qui ne doit rien au hasard, et qui redessine complètement la trajectoire d’une franchise qui semblait pourtant s’être refermée sur elle-même avec la mort de son héros.
À retenir
- Fincher n’est pas un réalisateur de service : sa signature peut-elle préserver l’âme de Squid Game en l’américanisant ?
- Netflix coupe définitivement le cordon avec Gi-hun et construit une anthologie mondiale : qu’adviendra-t-il du système qui se reproduit indéfiniment ?
- Cate Blanchett aperçue dans le finale de la saison 3 : une recruteuse californienne dont le rôle véritable reste à découvrir
Un choix de casting qui change la donne
Fincher n’est pas un faiseur anonyme qu’on va planquer derrière un logo Netflix. C’est l’un des cinéastes les plus identifiables de sa génération, capable d’imposer sa griffe visuelle et narrative sur n’importe quel matériau. Fincher, qui a un deal avec Netflix depuis un moment, avait déjà été associé à un projet dans l’univers Squid Game, y compris un potentiel film en anglais. Puis il s’est avéré qu’il s’agissait en fait d’une série et non d’un film. La confirmation est tombée fin octobre 2024, via Deadline, mettant fin à une rumeur qui courait depuis 2023.
Le scénario serait signé Dennis Kelly, le créateur d’Utopia, une série qui partage justement avec Squid Game ce goût pour la satire sociale grinçante. Pas un hasard non plus : Netflix cherche visiblement un ton proche de l’original tout en confiant les manettes à une équipe entièrement occidentale.
Ce qui frappe, c’est la stratégie derrière ce choix. Fincher n’est pas un yes-man qu’on convoque pour dupliquer une recette qui marche. Le réalisateur a été l’un des talents phares de Netflix depuis qu’il a aidé le streamer alors naissant à se lancer dans le contenu original avec la série House of Cards. Confier l’avenir de Squid Game à celui qui a construit une partie de l’ADN prestige de la plateforme, c’est envoyer un signal clair aux actionnaires et aux critiques : ce spin-off ne sera pas un sous-produit dérivé, mais une œuvre à part entière, pensée pour durer.
Une rupture totale avec l’histoire de Gi-hun
Le vrai bouleversement n’est pas seulement la signature Fincher. C’est la manière dont Netflix a choisi de couper le cordon avec l’histoire originale. Le remake américain de Squid Game serait complètement déconnecté de la série originale, avec un tout nouveau casting de personnages. on ne suivra pas les traces de Gi-hun, ni celles du Front Man version coréenne. La franchise se transforme en anthologie mondiale, chaque itération capable de raconter sa propre histoire dans son propre territoire.
Cette décision fait écho à ce qu’a répété le créateur original, Hwang Dong-hyuk, après la diffusion du dernier épisode. Il a réaffirmé ne pas être personnellement intéressé par la poursuite de Squid Game dans sa temporalité actuelle, sans exclure la possibilité d’un préquel ou d’un spin-off. Sur le projet Fincher précisément, il n’a pas caché son enthousiasme : « Si [Fincher] devait créer un Squid Game américain, je pense que ce serait très intéressant à regarder. » Il a aussi tenu à clarifier un point souvent mal interprété : « Je n’ai pas terminé la série sur cette note pour délibérément laisser de la place à d’autres histoires », insistant sur le fait que la fin de la saison 3 obéissait à sa propre logique thématique, celle d’un système qui se reproduit indéfiniment même après sa chute apparente.
C’est justement dans cette dernière scène que Netflix a semé son indice le plus visible. Le season finale s’achève sur un caméo surprise de Cate Blanchett, dans la peau d’une recruteuse basée à Los Angeles pour le jeu mortel, aperçue en train de jouer au ddakji dans une ruelle. L’actrice a depuis confié à Variety avoir accepté cette apparition sans trop savoir dans quoi elle s’embarquait, décrivant l’expérience comme « l’un des jobs les plus mystérieux », ayant reçu quelques story-boards et devant apprendre le jeu très vite. Interrogée sur un possible rôle dans le spin-off, elle s’est montrée on ne peut plus disponible, se disant « wildly open à tout » tant l’univers Squid Game lui semble être un terrain de jeu créatif hors norme.
Ce qu’on sait (vraiment) du tournage
Le projet, désormais identifié sous le titre Squid Game: America, avance concrètement depuis fin 2025. Un listing du Film and Television Industry Alliance confirme que Fincher est répertorié comme producteur aux côtés du réalisateur original Hwang Dong-hyuk et de la productrice de la saison 2, Kim Ji-yeon, preuve que le studio coréen garde malgré tout un œil sur la déclinaison américaine. Le tournage, lui, était attendu à Los Angeles en 2026, une décision cohérente avec le décor californien suggéré par le caméo de Blanchett.
Côté calendrier, la prudence reste de mise. Selon les dernières estimations, si les caméras tournent bien au début de l’année, la fenêtre de sortie la plus probable se situerait quelque part en 2028, éventuellement autour de Noël, période qui a porté chance aux deux premières saisons coréennes. Un délai qui s’explique aussi par l’emploi du temps chargé de Fincher, engagé en parallèle sur la suite d’Once Upon a Time… in Hollywood avec Brad Pitt.
Reste une question que peu d’articles posent frontalement : Netflix prend-il vraiment un risque en américanisant un objet dont le succès tenait justement à sa spécificité culturelle coréenne ? La plateforme a déjà tranché en interne, mais le pari n’a rien d’évident. Un détail cocasse mérite d’être noté au passage : Fincher et Blanchett se connaissent déjà professionnellement, ayant collaboré sur L’Étrange Histoire de Benjamin Button, un film qui, comme un clin d’œil, parlait déjà de destins qui se rejouent à contretemps.
Sources : imdb.com | m.imdb.com