Une hache, deux corps, et une question qui hante l’Amérique depuis cent trente-quatre ans : qui a vraiment tué Andrew et Abby Borden le 4 août 1892, à Fall River, Massachusetts ? Netflix rouvre le dossier avec Monster : The Lizzie Borden Story, quatrième saison de son anthologie signée Ryan Murphy et Ian Brennan, attendue le 17 septembre 2026. Et pour incarner celle que toute une génération d’Américains a apprise par cœur dans une comptine d’école, la plateforme a choisi une actrice encore peu connue du grand public : Ella Beatty.
Le nom de Lizzie Borden n’a jamais vraiment quitté l’imaginaire collectif américain. L’affaire est entrée dans le folklore américain à travers une comptine d’école qui décrivait les meurtres en exagérant largement le nombre de coups portés. Dans la réalité, les Borden n’ont reçu que 29 coups au total, et non les 81 suggérés par la fameuse comptine, mais peu importe : le mythe s’est construit sur l’exagération, pas sur les faits. C’est bien là tout le paradoxe de cette histoire, plus connue par une chansonnette que par son véritable procès.
À retenir
- Un jury a rendu son verdict en environ une heure et demie pour l’une des plus grandes énigmes judiciaires américaines
- Les preuves contre Lizzie Borden auraient dû être écrasantes, mais le tribunal en a exclu les plus déterminantes
- Plus d’un siècle plus tard, personne ne sait vraiment qui a manié la hache ce matin d’août 1892
Un matin d’août qui a tout changé
Retour en arrière. Ce jour-là, la ville industrielle de Fall River suffoque sous une chaleur écrasante. Dans la maison cossue du 92 Second Street, Andrew Borden, riche homme d’affaires, est retrouvé mort sur son canapé, le crâne fracassé. Sa seconde épouse, Abby, gît à l’étage, victime du même déchaînement de violence. Leur fille cadette, Lizzie, alors âgée de 32 ans, donne l’alerte. Rapidement, les soupçons se tournent vers elle : son attitude jugée sans émotion lors de l’interrogatoire de la police, et ses versions contradictoires sur son emploi du temps, qui incluaient le fait de manger des poires dans la grange, alimentent les doutes.
Le procès s’ouvre à New Bedford et dure près de deux semaines, devenant l’un des feuilletons judiciaires les plus suivis du pays. L’accusation s’appuie presque entièrement sur des indices indirects : les témoignages policiers sur l’arme suspectée, une hachette, se contredisent, notamment sur qui l’a amenée au commissariat et si elle était retrouvée avec son manche. Un élément aurait pu peser lourd : un pharmacien local était prêt à témoigner qu’une certaine Miss Borden était venue lui demander de l’acide prussique, une demande qu’il avait refusée, ce qui suggérait une intention de nuire. Mais le tribunal a écarté cette preuve, jugeant qu’une tentative d’achat de poison ne prouvait pas d’intention criminelle. Sans élément matériel solide, l’accusation s’effondre.
Une heure et demie pour classer l’affaire
Le 20 juin 1893, le jury se retire. Le verdict tombe assez rapidement : une décision rendue après environ une heure et demie de délibération, un délai si court qu’il a immédiatement fait jaser. La rapidité de la délibération a laissé penser que les jurés avaient déjà pris leur décision avant même la fin des plaidoiries. Douze hommes, dont la moitié étaient des fermiers, les autres des artisans, ont donc suffi à trancher en un temps record ce qui reste, encore aujourd’hui, l’un des mystères non résolus les plus célèbres du pays.
Ce qui frappe surtout, c’est le contraste entre la brutalité du crime et la légèreté apparente du verdict. À l’annonce du « non coupable », Lizzie aurait poussé un cri et se serait effondrée sur sa chaise, submergée par le soulagement. La presse de l’époque, plutôt que de s’indigner, a largement salué la décision : les journaux d’Amérique du Nord ont applaudi le verdict de « non coupable » du jury. Une réaction qui en dit long sur les préjugés de l’époque : une femme de bonne famille, bien éduquée, ne pouvait tout simplement pas être capable d’une telle sauvagerie, du moins aux yeux d’un jury exclusivement masculin.
Mais l’histoire ne s’arrête pas à ce verdict. Certains historiens ont même avancé des pistes alternatives restées sans suite : des spéculations selon lesquelles Lizzie aurait couvert sa sœur Emma, qui aurait pu commettre les meurtres ou engager quelqu’un pour le faire, et des témoignages contradictoires évoquant un assassin à gages aperçu fuyant Fall River. Autant de pistes jamais vraiment explorées à l’époque, et qui continuent d’alimenter les théories du dimanche soir.
Ella Beatty dans la peau d’un mythe américain
Pour cette nouvelle mouture, Netflix ne fait pas les choses à moitié. Les huit épisodes sortent tous le 17 septembre sur Netflix, avec un casting qui a de quoi faire tourner les têtes. Ella Beatty incarne la meurtrière présumée à la hache, jugée puis acquittée dans les meurtres de 1892 de son père et sa belle-mère à Fall River, aux côtés de Vicky Krieps dans le rôle de Bridget Sullivan, Rebecca Hall dans celui d’Abby Borden et Charlie Hunnam dans celui d’Andrew Borden. Ce dernier avait déjà incarné le tueur en série Ed Gein dans la précédente saison de l’anthologie, un choix qui souligne la logique de troupe récurrente propre à l’univers Murphy.
Le pitch officiel promet un traitement pour le moins libre des faits historiques. Le synopsis officiel décrit une fille réprimée d’une riche famille de Nouvelle-Angleterre et sa domestique rebelle, prises au piège dans une maison bâtie sur l’humiliation et la cruauté, qui s’échappent dans un fantasme de sexe, de pouvoir et de vengeance. Un angle qui s’éloigne franchement du classique documentaire historique, et qui a déjà suscité des remous : dans les commentaires sous les premières annonces, certains internautes s’interrogent, un brin lassés, sur le nombre de fois où Hollywood va encore raconter cette histoire.
Il faut dire que le filon est loin d’être neuf. L’affaire a inspiré plusieurs adaptations au fil des années, dont le téléfilm de 1975 The Legend of Lizzie Borden, Lizzie Borden Took an Ax diffusé sur Lifetime en 2014, et Lizzie en 2018 avec Chloë Sevigny et Kristen Stewart. Ce qui change ici, c’est le poids de la franchise Murphy elle-même : la saison précédente, consacrée à Ed Gein, a atteint le Top 10 mondial de Netflix avec 12,2 millions de vues en trois jours, un score qui donne une idée du calibre commercial attendu pour cette nouvelle livraison. Elle a même décroché sept nominations aux 78e Primetime Emmy Awards en 2026, preuve que la recette fonctionne aussi côté critique.
Reste une question que la série ne tranchera sans doute pas, et c’est bien là tout l’intérêt : plus d’un siècle après les faits, aucun historien ni aucun scénariste n’a pu prouver de façon définitive qui a réellement manié la hache ce matin d’août. Le procès a livré un non-lieu. La légende, elle, continue de prospérer, jusque dans les catalogues de streaming.
Sources : archive.calbar.ca.gov | commonreader.wustl.edu | whats-on-netflix.com