La scène la plus emblématique de tout l’univers Green Lantern, celle où un pilote d’essai du nom de Hal Jordan pose les yeux pour la première fois sur Abin Sur mourant, n’a toujours pas été montrée à l’écran dans Lanterns. Deux épisodes après la première, HBO Max continue de raconter l’origine du héros sans jamais filmer son moment fondateur, celui que tout lecteur de comics connaît par cœur depuis 1959.
L’épisode diffusé ce 24 août, intitulé « Trust Fall », creuse pourtant plus loin que jamais dans cette mythologie. L’épisode 2 dépasse l’enquête de petite ville autour de Hal Jordan (Kyle Chandler) et John Stewart (Aaron Pierre) pour introduire une menace profondément liée à l’histoire des Green Lantern : les Manhunters. Le personnage d’Antaan, joué par Paul Ben-Victor, devient le vecteur de cette révélation. Il dévoile à John le passé complet des Manhunters, une histoire qui colle largement à leur historique dans les comics : synthétiques par nature, ils ont été créés par les Guardians pour rendre la justice à travers la galaxie, mais leur capacité à se métamorphoser leur a permis d’infiltrer des sociétés entières sans être repérés.
À retenir
- La rencontre entre Hal Jordan et Abin Sur — le moment le plus emblématique de Green Lantern — reste absente de la série
- HBO Max déplace le crash du vaisseau d’Abin Sur à Rushville, Nebraska, suggérant que cet atterrissage n’était pas une coïncidence
- Les scénaristes recentrent l’histoire sur les Manhunters plutôt qu’Atrocitus, ouvrant des questions sur l’avenir du canon live-action
Un crash déplacé, une mort jamais filmée
Dans les comics, l’histoire est limpide. Abin Sur, le légendaire Green Lantern extraterrestre, s’écrase avec son vaisseau près de Coast City après avoir été mortellement blessé ; son dernier acte est d’ordonner à son anneau de trouver un successeur « totalement honnête et né sans peur », ce qui le mène directement au pilote d’essai Hal Jordan. Une scène tournée et retournée dans quasiment toutes les adaptations, y compris le film de 2011 avec Ryan Reynolds.
Lanterns change la donne sur un point géographique frappant. Dans la plupart des comics et adaptations, le vaisseau de Sur s’écrase dans le désert, mais dans la série, Jordan précise qu’il a atterri près de la même ville où lui et John Stewart enquêtent aujourd’hui. Rushville, Nebraska, n’a donc rien d’un décor anodin. Le hic ? L’histoire n’explique pas pourquoi ni comment Sur s’est écrasé, mais l’emplacement suggère que l’atterrissage d’Abin Sur n’était pas une coïncidence.
Ce flou n’est pas un oubli d’écriture, c’est un choix assumé. La série n’a jamais montré le crash lui-même dans le pilote, mais il reste possible qu’une partie, voire l’intégralité, de la séquence soit dévoilée plus tard. la scène fondatrice existe dans la continuité du récit, elle a simplement été retirée du montage, ce qui change tout dans la façon dont le spectateur reçoit l’histoire : on nous raconte l’origine de Hal, on ne nous la montre pas.
Pourquoi les scénaristes ont préféré le hors-champ
La version comics classique de la mort d’Abin Sur mêle prophétie et fatalité. Durant sa dernière quête, Abin Sur a commencé à perdre foi en sa volonté et en son anneau, ressentant de la peur, ce qui a affaibli les constructions que son anneau pouvait créer et permis à son prisonnier, le démon Atrocitus, de s’échapper et de l’attaquer, envoyant son vaisseau s’écraser sur Terre. Une mort presque philosophique, où le plus grand Green Lantern de la galaxie tombe à cause de sa propre faille intérieure.
Lanterns choisit une tout autre piste, tournée vers les Manhunters plutôt que vers Atrocitus. Ce choix marque une distinction nette avec les comics, qui ont proposé plusieurs raisons à la mort de Sur au fil du temps : à l’origine pourchassé et tué par le super-vilain Legion, puis dans une autre version tué par son propre orgueil, son anneau échouant après que sa volonté a été fragilisée par la prophétie du « Blackest Night ». En recentrant l’intrigue sur les Manhunters, la production ouvre une question que les fans ne manquent pas de soulever : est-ce que cela ferme la porte à une adaptation future du récit du « Blackest Night » ? Certains y voient déjà un signal que cet événement pourrait être écarté du canon live-action, même si rien n’est encore tranché puisque la mort d’Abin Sur n’a toujours pas été montrée à l’écran.
Ce jeu de cache-cache narratif colle bien à l’ADN de la série. Showrunné par Chris Mundy, avec Damon Lindelof et le romancier Tom King comme co-créateurs, Lanterns s’est construit dès le départ comme un thriller à double temporalité façon True Detective, où chaque révélation arrive filtrée par le souvenir ou le récit d’un personnage plutôt que par un flashback complet. Ce n’est donc pas tant un oubli qu’une stratégie de tension narrative : garder la carte maîtresse pour plus tard, quitte à frustrer les puristes qui espéraient enfin voir Hal Jordan poser le genou devant Abin Sur agonisant.
Une origine déjà bousculée sur plusieurs fronts
Le changement de décor et l’omission du crash ne sont pas les seules libertés prises avec le matériau d’origine. Selon le récit que Hal fait lui-même à John, il a été aspiré par une bulle verte, interrogé sur sa peur, puis transporté près d’un vaisseau extraterrestre écrasé à plus de trente kilomètres de Rushville, où il a rencontré un Abin Sur mourant qui lui a transmis l’anneau avant de mourir presque aussitôt. Le squelette de l’histoire tient donc, mais son décor et ses zones d’ombre ont été redessinés pour servir l’intrigue policière du show.
Autre entorse notable au canon habituel : alors qu’un nouveau Green Lantern est normalement choisi par l’anneau émeraude en fonction de sa capacité à surmonter la peur après la mort du précédent porteur, ce qui est exactement ce qui est arrivé à Hal lorsque Abin Sur a péri sur Terre, John Stewart, lui, est directement sélectionné par les Guardians of the Universe. Une première dans la mythologie, qui place Hal et John sur deux logiques de recrutement totalement différentes, l’un choisi par le hasard cosmique d’un anneau mourant, l’autre par une décision délibérée des chefs de la Corps.
Reste que la série n’a consommé que deux épisodes sur les huit prévus, et que la trame de fond, la mort de Hal Jordan retrouvé gelé sur les gradins de Rushville en 2026, continue de peser sur chaque flashback de 2016. Si les scénaristes ont pris soin de ne jamais montrer le crash d’Abin Sur, il y a fort à parier que cette scène reste une carte gardée pour un épisode charnière, probablement au moment où la série devra enfin révéler ce qui a poussé Hal à cesser de sauvegarder sa conscience en 2006, un mystère que Lanterns distille avec la même parcimonie que son origin story.
Sources : movieweb.com | screenrant.com