J’ai relancé Kaamelott à la saison 6 juste pour retrouver les gags de 3 minutes : au bout du premier épisode, j’ai compris ce qu’Astier avait vraiment changé

Retrouver les fameux sketchs de trois minutes en lançant le Livre VI de Kaamelott ? Mauvaise pioche. Cette saison ne ressemble à aucune autre : neuf épisodes seulement, un format qui frôle les 42 minutes chacun, et un roi Arthur méconnaissable, jeune soldat dans les rues de Rome. Le format court avait déjà disparu depuis la saison précédente, mais c’est en Livre VI que le changement de cap saute vraiment aux yeux, jusqu’à transformer la série en autre chose.

À retenir

  • Le format court des premières saisons avait déjà disparu bien avant le Livre VI
  • Rome, les toges et un Arthur soldat : Astier a construit une préquelle quasi méconnaissable
  • Cette rupture était volontaire et préparait secrètement la trilogie filmée qu’Astier envisageait

Le format court, mort et enterré depuis le Livre V

Premier constat, brutal : les blagues à la chaîne, c’est terminé depuis deux saisons déjà. Les quatre premières saisons se composaient d’épisodes courts, d’environ 3 minutes et demie chacun, avant que le Livre V ne se compose de 50 épisodes d’environ 7 minutes, la version DVD redécoupant la saison en 8 épisodes de 52 minutes. Une bascule qui n’avait rien d’un accident de parcours.

En 2007, Alexandre Astier a pris le risque de rompre avec le format court humoristique des débuts pour proposer à la fois des pastilles de 7 minutes et de longs épisodes de 50 minutes, plus proches d’une série HBO que d’une sitcom française. Le Livre VI pousse la logique encore plus loin. Neuf épisodes de 42 minutes, et la narration transporte le spectateur quinze ans en arrière, à Rome, où Arthur n’est qu’un simple soldat de la milice urbaine. Autant dire que ceux qui espèrent un retour aux vannes de deux lignes se cognent directement au mur.

Le tournage lui-même raconte cette ambition. Le tournage a duré moins de deux mois, débutant début juin 2008 dans le Morbihan pour les scènes de plage et de villages, avant de s’envoler pour les studios de la Cinecittà à Rome, puis de revenir en studio à Lyon et au fort de Feyzin jusqu’à la mi-août, le tout dernier plan étant tourné le 14 août 2008. Une logistique de série ambitieuse, pas d’un sketch tourné en une matinée entre deux plateaux.

Rome, les sénateurs et un Arthur qu’on ne reconnaît pas

Le vrai choc, c’est le décor. Oubliez Kaamelott et sa cour picarde : avant de siéger sur le trône de Kaamelott, le jeune Arturus servait dans la milice urbaine de Rome, et alors que quelques sénateurs romains débattent du « problème breton », le simple soldat va prendre du galon bon gré mal gré. Fini les répliques cultes autour d’une table ronde, place à une préquelle en toge.

Visuellement, le virage est tout aussi net. Si le Livre VI a beaucoup divisé les fans, il est esthétiquement renversant, aussi bien dans ses séquences à Rome qu’en Bretagne. On y découvre aussi les chevaliers en version jeune, perruques comprises, ce qui apporte un supplément d’humour visuel bienvenu au milieu de la gravité ambiante.

Un détail structurel mérite d’être signalé, parce qu’il change tout dans la façon de regarder la saison : seul le neuvième épisode est la suite directe du Livre V, ce dernier épisode constituant une sorte de point d’orgue, concluant la série et annonçant la trilogie de films qu’Astier envisageait ensuite. huit épisodes sur neuf sont un flash-back pur, et un seul referme réellement l’histoire commencée avec la tentative de suicide d’Arthur en fin de Livre V.

Pourquoi Astier a tout changé, et ce que ça a coûté à la série

Ce virage vers le drame n’est pas un accident de production, c’est une décision assumée. Cette volonté de repenser la construction de la série avait pour ambition d’amener les spectateurs vers une histoire plus complexe et plus sombre pour les préparer aux films, ce qui n’aurait pas pu se faire en conservant le format 3min30. Astier ne cherchait plus à faire rire toutes les trois minutes : il construisait déjà, sans le dire clairement à l’époque, les bases de ce qui deviendrait la saga cinématographique.

Le public, lui, n’a pas suivi d’un bloc. Certains fans de la première heure ont pu être déconcertés par cette évolution, regrettant l’humour léger et débridé des premiers livres. Un ressenti confirmé ailleurs : certain·e·s fans de la première heure ont commencé à bouder la série, regrettant l’époque des blagues à la pelle. Ce n’est pas une simple nostalgie de format, c’est un vrai changement de contrat entre la série et son public.

Reste que la bascule a aussi payé, artistiquement parlant. Ce tournant narratif et formel a permis à Kaamelott de gagner en maturité et en complexité, ouvrant la voie à une exploration plus profonde des thèmes de la légende arthurienne. Le Livre VI n’est donc pas une trahison gratuite du ton originel, mais l’aboutissement logique d’un projet qu’Astier avait en tête depuis le début, celui de faire d’un feuilleton comique une tragédie en costume.

Un point que beaucoup oublient : le projet Kaamelott Résistance, censé combler le trou entre la fin du Livre VI et le premier film, n’a jamais vu le jour sous forme de série. Alexandre Astier a confié qu’il se consacrait pour le moment à la saga au niveau des films, laissant de côté cette période trop tôt à raconter selon lui, qui reste envisagée sous forme de livres. Autant dire que si vous cherchiez la suite logique entre la saison 6 et Premier Volet, elle n’existe encore, à ce jour, que dans les intentions de son créateur.

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