Le 17 septembre 2026, Netflix rouvre l’un des dossiers criminels les plus obsédants de l’histoire américaine. Monster: The Lizzie Borden Story, quatrième volet de l’anthologie true crime de Ryan Murphy et Ian Brennan, débarque avec ses huit épisodes d’un coup, direction le Massachusetts de 1892, dans la maison où un père et sa seconde épouse ont été retrouvés fracassés à coups de hache. La série stars Ella Beatty comme Lizzie Borden, la femme infâme du Massachusetts jugée et acquittée en 1892 des meurtres à la hache brutaux de son père et sa belle-mère. Un fait divers vieux de plus d’un siècle, jamais résolu, que la production s’apprête à raconter avec toute la théâtralité sanglante qui a fait la réputation du show.
À retenir
- Une affaire jamais résolue depuis 1892 que Netflix décide enfin de revisiter à travers un regard radicalement nouveau
- Ryan Murphy choisit pour la première fois une femme comme sujet, abandonnant les tueurs en série pour l’ambiguïté judiciaire
- Entre romance queer et manifeste féministe, la série refuse de trancher la question qui obsède depuis 130 ans : culpabilité ou innocence ?
Une affaire que personne n’a jamais vraiment élucidée
Le fait divers, lui, ne date pas d’hier. En 1892, Borden a affirmé avoir découvert son père et sa belle-mère, Andrew Jackson Borden et Abby Durfee Gray, brutalement assassinés dans la maison familiale à Fall River, dans le Massachusetts. L’arme utilisée pour les meurtres, une hache, a propulsé l’affaire à une notoriété nationale, et Borden a finalement été jugée et acquittée. Le mystère, justement, n’a jamais cessé de fasciner : personne d’autre n’a jamais été inculpé, aucune arme n’a formellement été retrouvée, et la comptine enfantine qui accuse la jeune femme d’avoir donné « quarante coups » à sa mère continue de circuler dans les cours de récré américaines. Bien qu’elle ait finalement été déclarée non coupable par les tribunaux, Borden est devenue une sorte de légende populaire dans le sud du Massachusetts, de nombreux historiens et fans de true crime pensant qu’elle est coupable.
La série racontera l’histoire de Lizzie Borden, jugée et acquittée des meurtres à la hache de 1892 de son père et de sa belle-mère à Fall River, dans le Massachusetts. Les meurtres et le procès Borden ont reçu une publicité nationale considérable aux États-Unis et sont restés partie intégrante de la culture populaire américaine depuis. C’est justement ce terrain déjà largement exploré, romans, pièces de théâtre, ballets, films, qui rend le pari de Murphy risqué. Comment renouveler un mythe que tout le monde croit connaître par cœur ? La réponse tient en un mot : le regard. Plutôt que de rejouer le procès sous l’angle judiciaire, la série choisit d’entrer dans la tête de Lizzie avant le drame.
Un angle frontalement féministe, et queer
Le synopsis officiel décrit une fille réprimée d’une riche famille de Nouvelle-Angleterre et sa domestique rebelle, qui se retrouvent piégées dans une maison bâtie sur l’humiliation et la cruauté, et s’échappent dans un fantasme de sexe, de pouvoir et de vengeance. La domestique en question, c’est Vicky Krieps, révélée dans Phantom Thread, qui incarne ici une complice de fortune autant qu’une échappatoire romantique pour l’héroïne. Le scénariste Ian Brennan ne cache pas ses intentions : « Ils pensaient littéralement qu’une femme était trop faible pour soulever une hache », a-t-il confié à Vanity Fair. « Être une femme à cette époque, c’était être presque une espèce complètement différente. On était traitée comme incapable non seulement d’actions, mais de pensées qu’un homme était capable d’avoir ». Voilà, en une phrase, le postulat de la saison : et si Lizzie Borden n’était pas un monstre, mais le produit d’un système qui refusait de croire qu’une femme puisse avoir de la rage ?
Autour d’Ella Beatty, fille d’Annette Bening et Warren Beatty et pour qui ce rôle ne constitue que sa troisième expérience à l’écran, le casting aligne du lourd. Rebecca Hall incarne Abby Borden, la belle-mère de Lizzie, et Charlie Hunnam son père Andrew Borden, l’acteur ayant récemment reçu une nomination aux Emmy pour son rôle du tueur en série Ed Gein dans la saison précédente de « Monster ». Billie Lourd, Joey Pollari, Sarah Paulson et Jessica Barden complètent la distribution, avec notamment Barden dans le rôle de l’actrice qui a réellement soutenu Lizzie après le drame. Un casting qui traduit l’ambition du projet : ne pas se contenter d’un fait divers gothique, mais construire une véritable tragédie de studio, aux allures de mélodrame victorien sous stéroïdes.
Le quatrième chapitre d’une machine qui ne faiblit jamais
Depuis son lancement en 2022, l’anthologie Monster a construit sa réputation sur des portraits qui divisent autant qu’ils fascinent. Chaque saison s’est concentrée sur une figure différente du true crime : Jeffrey Dahmer, les frères Lyle et Erik Menendez, et Ed Gein. Avec Lizzie Borden, la franchise change radicalement de terrain de jeu : plus de tueur en série du XXe siècle, mais une affaire vieille de plus de cent trente ans, sans aveux, sans certitude, où le doute raisonnable reste la seule vérité juridique établie. C’est aussi le premier sujet féminin de l’anthologie, un choix qui n’a rien d’anodin après trois saisons centrées exclusivement sur des hommes.
Le teaser, lui, ne fait pas dans la demi-mesure. Le clip de 56 secondes fonctionne comme une pièce d’ambiance qui ne perd pas de temps avant de montrer le sang, utilisant une récitation profondément dérangeante de la comptine classique pour rythmer une série d’images rapides et clignotantes, jusqu’à ce que la vidéo bascule sur une Lizzie Borden statufiée, trempée de sang. Le ton est donné : ni docu-fiction sage, ni thriller judiciaire feutré, mais une relecture stylisée qui assume son goût pour l’excès visuel, une marque de fabrique désormais bien identifiée du studio Murphy-Brennan.
Reste une question que la série ne pourra probablement pas trancher, et c’est bien normal : Lizzie Borden a-t-elle vraiment tenu la hache ? Aucun historien sérieux n’a jamais pu le prouver, et le dossier judiciaire original, conservé au Fall River Historical Society, contient toujours des zones d’ombre sur l’emploi du temps exact de la journée du 4 août 1892. Ce flou entretenu depuis plus d’un siècle est précisément ce qui permet à chaque génération de se réapproprier l’histoire, entre roman gothique et manifeste féministe. Netflix mise sur cette ambiguïté pour faire de sa Lizzie 2026 une anti-héroïne autant qu’une victime, et c’est peut-être là que la série se distingue vraiment des adaptations précédentes.
Sources : thetvcave.com | variety.com