Cinq cents acteurs auditionnés. Pour seulement deux rôles. Voilà le chiffre lâché par Ryan Murphy le 6 août dans un entretien accordé à The Hollywood Reporter, où le producteur revient sur la création de The Shards, son adaptation du roman de Bret Easton Ellis diffusée sur FX. Une méthode de casting presque anachronique pour un créateur habitué à distribuer ses rôles sans détour.
Le constat surprend d’abord venant de lui. Murphy explique n’avoir « rien fait de tel depuis très longtemps », précisant que ses distributions sont habituellement « très star-studded » où « les gens reçoivent juste des propositions ». Avec The Shards, il a changé de méthode. « Mais pour celui-ci, je voulais vraiment passer beaucoup de temps à auditionner des gens. Nous avons vu environ 500 acteurs pour ces rôles », confie-t-il. Deux personnages ont concentré cette chasse au talent démesurée : Bret, le double fictionnel de l’écrivain adolescent, et Robert Mallory, le mystérieux nouvel élève qui bouleverse tout.
À retenir
- Pourquoi Ryan Murphy a-t-il choisi une méthode de casting aussi inhabituelle pour lui ?
- Quel moment décisif a convaincu Murphy qu’Igby Rigney était le parfait Bret Easton Ellis adolescent ?
- Quels détails fascinants relient les acteurs principaux à l’héritage culturel du roman ?
Un casting à l’ancienne, loin des habitudes de Murphy
Pourquoi un tel investissement pour une série qui compte pourtant, dans son casting final, des noms déjà installés comme Evan Rachel Wood ou Wes Bentley ? La réponse tient dans l’attachement personnel du créateur au projet. Murphy confie que c’est la première fois qu’il aborde vraiment quelque chose lié à son enfance, contrairement à d’autres œuvres passées où le sujet n’était que suggéré. Un tournage qu’il décrit comme profondément marquant : il raconte s’être senti submergé par l’émotion en dirigeant certaines scènes, une chanson d’époque suffisant à le replonger dans cette période, et avoir partagé de nombreux dîners avec le jeune casting.
Le résultat, côté production, a d’ailleurs été confirmé par les acteurs eux-mêmes. Igby Rigney, qui incarne la version adolescente de Bret Easton Ellis, a détaillé à Variety un processus qui tranche avec les standards de l’industrie actuelle. L’acteur raconte avoir été ravi de faire les choses « à l’ancienne », en rencontrant la directrice de casting et en construisant une bande avec quelqu’un qui savait exactement ce qu’il cherchait, avant que Murphy ne voie cette bande et le fasse venir à New York. Une callback qui ne s’est pas arrêtée à une simple lecture de scénario : quand Murphy lui a demandé s’il avait lu le livre et que Rigney a répondu non, le créateur lui a répondu que c’était bien mais qu’il devait absolument lire le roman avant leur prochaine rencontre. Rigney a même écouté la version audio, lue par Ellis en personne.
Igby Rigney, « the one to beat » dès son entrée
Reste que malgré les 500 candidats passés en revue, Murphy raconte avoir eu une certitude presque immédiate concernant son acteur principal. « Quand Igby a franchi la porte, je me suis dit : il ressemble à un jeune Bret. Il a cette aura mystérieuse, il est un observateur », et très vite dans son esprit, il est devenu celui à battre. Un coup de cœur qui n’a pourtant pas empêché la machine à auditions de continuer à tourner : Rigney a même lu pour d’autres rôles avant d’être définitivement fixé sur celui de Bret.
Face à lui, Homer Gere décroche le rôle de Robert Mallory, ce nouvel élève au passé trouble qui déstabilise tout l’équilibre du groupe d’amis. Un choix chargé de sens puisque le jeune acteur est le fils de Richard Gere, star d’American Gigolo, un film dont l’influence sur l’écriture d’Ellis est bien documentée. La rencontre entre Homer Gere et Kaia Gerber (fille de Cindy Crawford, qui interprète Susan Reynolds) a d’ailleurs donné lieu à un moment savoureux hors caméra. Murphy évoque une anecdote où les deux jeunes acteurs, en se rencontrant pour la première fois, ont plaisanté en se demandant s’ils devaient « aborder le sujet » de leurs parents célèbres, lors d’une rencontre privée.
Trois saisons déjà envisagées, avec la bénédiction d’Ellis
Cet acharnement sur le casting s’inscrit dans une ambition qui dépasse largement les neuf épisodes de cette première saison. Murphy et Ellis discutent en effet d’un format en trois actes depuis le début du projet. L’auteur lui-même aurait confié à Murphy qu’en cas de succès, cette histoire pourrait s’étendre sur plusieurs saisons, tant le roman original est dense. Un roman qui, pour rappel, dépasse les 600 pages et mêle roman noir et autofiction, un exercice de style qu’Ellis avait déjà exploré avec Lunar Park.
L’implication de l’écrivain dans l’adaptation télévisée reste cependant volontairement limitée. Après l’échec du projet initial chez HBO, Ellis a préféré laisser les rênes créatives à Murphy plutôt que de superviser chaque étape. Le créateur raconte que leur échange s’est résumé à peu de mots : Ellis lui a simplement dit « d’y aller », ajoutant qu’il avait eu une carrière formidable, tantôt impliqué, tantôt distant vis-à-vis des adaptations de son travail. Une confiance qui a payé, si l’on en croit l’accueil critique positif réservé à la série depuis sa diffusion le 5 août sur FX, Hulu et Disney+.
Reste une question amusante en creux de cette anecdote des 500 auditions : combien de ces candidats recalés ont, depuis, croisé Igby Rigney ou Homer Gere sur un tapis rouge, en se demandant ce qui aurait pu être ? Dans l’industrie du casting, ces chiffres pharaoniques ne sont jamais rendus publics. Celui-ci, lui, restera comme la preuve que même un producteur aussi prolifique que Murphy peut encore se laisser surprendre par le doute avant de trouver son visage idéal.
Sources : variety.com | aol.com