Kenny meurt encore une fois dans South Park. Mais cette fois, personne ne hurle « Oh mon Dieu, ils ont tué Kenny » en rigolant. L’épisode diffusé aux États-Unis le 16 septembre, soit le 17 en France, remplace le running gag culte par une scène de sacrifice politique qui a laissé une bonne partie des fans sans voix.
L’épisode s’appelle « South American Biker Gangs ». Il ouvre la 29e saison d’une série qui a temporairement rebaptisé son propre univers South America pour sa 29e saison. Le clin d’œil vise directement Donald Trump et sa manie de renommer des lieux géographiques, un gimmick que la série ne se prive pas de moquer frontalement.
- Kenny abandonne sa parka orange pour une capuche et parle clairement pour la première fois, incarné par Mike Judge après 27 ans
- Kenny meurt en agneau sacrificiel d’une bombe placée par des adultes, non d’un gag absurde comme avant
- Randy et le gang des pères cyclistes s’en sortent impunis tandis que les vélos électriques sont interdits, illustrant l’injustice adulte
Un Kenny méconnaissable, enfin audible
Avant de mourir, Kenny change de look. Exit la parka orange qui étouffe sa voix depuis 1997 : l’épisode raconte comment les enfants de la ville se prennent de passion pour les vélos électriques, ce qui pousse les adultes à former leur propre gang de motards pour réclamer une interdiction, et Kenny troque sa parka contre une capuche et un masque, ce qui lui permet même de parler clairement aux autres bikers de son groupe.
Le vrai événement, c’est la voix. Pour incarner ce Kenny inhabituellement bavard, la production a fait revenir Mike Judge. Mike Judge a repris le rôle de Kenny McCormick, 27 ans après son bref caméo dans le film South Park: Bigger, Longer, and Uncut, où Kenny échange sa parka contre une capuche et un cache-visage en rejoignant les passionnés de vélos électriques. Sa dernière apparition remontait au film de 1999, où il ne prononçait qu’une seule réplique en sortant sa tête de sa capuche. Cette fois, Judge livre près de deux minutes de dialogue non étouffé, un chiffre qui à lui seul mesure l’ampleur de l’événement pour les fans de la série.
Ce que South Park met à la place du gag
Le scénario installe d’abord une guerre de générations presque classique. Le premier épisode de la saison 29 déplace son attention sur les quatre habitués, Cartman, Stan, Kyle et Kenny, et leur nouvelle passion pour les vélos électriques, jusqu’à ce que de nombreux enfants envahissent les rues et provoquent le chaos, poussant les pères cyclistes de South America à former leur propre gang en opposition. Rien de très éloigné, sur le papier, des habituelles bisbilles entre Randy Marsh et sa progéniture.
Mais Kenny décide de jouer les médiateurs. C’est lui qui prend la parole face aux adultes.
Kenny trouve sa voix en s’adressant aux pères cyclistes pour expliquer que tous les enfants ne conduisent pas leurs vélos électriques n’importe comment, et c’est juste après avoir obtenu une trêve qu’il quitte la table des négociations pour aller à sa mort. Le gang d’adultes mené par Randy avait piégé les vélos électriques d’une bombe destinée à n’importe quel gamin du quartier. Randy et son gang de cyclistes placent une bombe sur le vélo électrique de Kenny, le tuant, sans savoir précisément qu’il s’agissait de Kenny à cause de son masque, mais en sachant qu’il s’agissait d’un enfant. La mort ne surgit donc plus d’un gag absurde façon enclume ou extraterrestre. Elle sort d’un attentat commis par des adultes contre des enfants, point final.
Le fan-wiki TV Tropes résume la mécanique avec une formule qui dit tout. Cartman est le principal responsable des nuisances liées aux vélos électriques, mais tous les enfants sont accusés collectivement, et Kenny, celui qui tendait un rameau d’olivier entre les générations, meurt en agneau sacrificiel. Voilà exactement ce qui remplace le comique de répétition : une allégorie amère sur les boucs émissaires et la violence adulte qui retombe toujours sur les plus faibles.
Une fin qui ne fait rire personne
La suite de l’épisode enfonce le clou plutôt que de désamorcer la tension par l’humour habituel. Ce n’est pas grâce à leurs actions de justiciers que les pères cyclistes obtiennent gain de cause, mais à la suite d’une mort tragique : les vélos électriques finissent interdits dans les rues de South America. Randy et sa bande, eux, s’en sortent totalement indemnes. Le site TV Tropes qualifie carrément la situation de « Karma Houdini », ce terme désignant les personnages qui échappent à toute punition malgré leurs actes.
Certains observateurs ont même relevé un malaise supplémentaire dans le comportement de Randy après le drame. Alors que l’épisode suggérait que les vélos électriques des enfants utilisaient des batteries chinoises bon marché, une remarque suspecte de Randy a jeté le doute sur les circonstances réelles de la mort de Kenny, en demandant si les enquêteurs avaient retrouvé « la bombe » dans le vélo de son propre fils. Un détail glaçant, glissé sans musique dramatique ni chute comique.
Toute la critique n’a pas été tendre avec ce choix. Un compte-rendu publié après la diffusion juge que l’approche classique fonctionne bien, mais que le climax de l’épisode paraît un peu précipité et pas totalement satisfaisant. Le procédé impressionne par son intention, moins par son exécution.
Reste un chiffre qui remet les choses en perspective. Kenny cumule 98 morts dans les épisodes réguliers de la série, auxquelles s’ajoutent 14 dans les courts-métrages et spéciaux et 16 dans le film et les jeux vidéo, soit 127 morts au total. Un compteur qui continue de tourner, mais pour la première fois depuis longtemps, sans que personne, à l’écran comme devant son écran, n’ait envie d’en rire.
Sources : x.com | tvtropes.org