« Le domaine ne laisse repartir personne » : pourquoi Netflix a choisi Barovia et son vampire plutôt qu’une suite du film

Chris Pine et sa bande de voleurs devront attendre. Netflix vient de trancher : plutôt que de miser sur une suite du film Dungeons & Dragons : L’Honneur des voleurs, la plateforme construit son avenir D&D autour de Barovia, la terre maudite noyée dans les brumes, et de son seigneur vampire, Strahd von Zarovich. Le choix n’a rien d’un hasard éditorial : il révèle un arbitrage financier et créatif assez révélateur de l’industrie actuelle.

À retenir

  • Une suite au film D&D existe sur le papier, mais reste bloquée par les considérations budgétaires
  • Netflix préfère miser sur l’horreur gothique de Barovia plutôt que de relancer la franchise cinéma
  • Alfonso Cuarón et John August pilotent Ravenloft, un projet aux ambitions de prestige série

Un film adoré, une suite bloquée par l’argent

Le paradoxe est presque cruel. Honor Among Thieves a cartonné auprès de la critique et du public : le film affiche un score de 91% chez les critiques et 92% auprès du public sur Rotten Tomatoes, un accueil rare pour une adaptation de jeu de rôle. Mais l’argent, lui, n’a pas suivi. Sorti le 31 mars 2023, le long-métrage n’a rapporté que 205,46 millions de dollars au box-office, un résultat jugé décevant au regard de son budget.

Une suite existe pourtant, noire sur blanc. En juillet 2026, le co-réalisateur Jonathan Goldstein a lâché l’info lors du Comic-Con : « On a en fait écrit une suite à Dungeons & Dragons. On nous a engagés pour ça ». Mais le scénario dort dans un tiroir. Il ignore si le film verra un jour le jour pour des raisons financières, a-t-il précisé, tout en reconnaissant que ce sont des films coûteux à produire, même si ce serait amusant à faire, avec un casting qu’ils adorent. Un scénario écrit, une équipe motivée, un public conquis… et malgré tout, rien ne bouge. Le cinéma de studio version 2026 n’a plus vraiment de place pour les paris moyens sur des licences fantasy, aussi aimées soient-elles par la critique.

Pourquoi Netflix a préféré tout miser sur les vampires de Barovia

Pendant que le grand écran hésite, la case télé, elle, avance à toute vitesse. Netflix a officialisé le développement de Ravenloft, une série live-action centrée sur les origines de Strahd von Zarovich. Le nom ne dira peut-être rien aux néophytes, mais pour n’importe quel joueur de D&D, c’est une référence culte : Ravenloft est le décor gothique qui abrite l’ancien vampire Comte Strahd von Zarovich. Le projet est écrit par John August, scénariste de Corpse Bride et Frankenweenie, et porté à la production par nul autre qu’Alfonso Cuarón.

Le retour de Cuarón chez Netflix a quelque chose de symbolique. Cela fait huit ans que le réalisateur n’avait pas travaillé avec la plateforme, depuis Roma, premier film Netflix nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur film, et il revient donc pour Ravenloft. Un nom pareil au générique, ce n’est pas un simple projet de niche : c’est un signal envoyé à Hollywood que Netflix veut faire de sa fantasy gothique une série prestige, taillée pour rivaliser avec les grosses productions du genre.

Le pitch, lui, ne cache rien de ses ambitions dramatiques. La série suit la fabrication du vampire Darklord Strahd von Zarovich, dont l’histoire de pouvoir, d’amour, d’obsession et de transformation en mort-vivant retrace son parcours d’antihéros tragique jusqu’à devenir l’un des méchants les plus tristement célèbres de Dungeons & Dragons. Fini l’aventure de groupe façon casse fantastique façon Honor Among Thieves : ici, on plonge dans une tragédie romantique et gothique, centrée sur un unique personnage qui bascule lentement dans l’horreur.

Un projet qui enterre discrètement un autre chantier D&D

Cette annonce a un revers moins réjouissant pour certains fans. Netflix développait en parallèle une autre série D&D, The Forgotten Realms, portée par Shawn Levy et le scénariste Drew Crevello depuis début 2025. Ce projet, distinct de Ravenloft, n’est plus en développement chez le streamer, comme l’a appris Deadline. Un an et demi de travail effacé au profit d’un univers jugé plus porteur.

Ce choix n’est pas isolé, il s’inscrit dans une série d’échecs à répétition pour les adaptations télé de D&D. Une précédente tentative avait été annulée mi-2024 chez Paramount+ après la déception au box-office d’Honor Among Thieves et la vente d’eOne à Lionsgate par Hasbro. Deux projets télé abandonnés en moins de trois ans : la franchise cherche encore la bonne formule pour exister durablement hors du grand écran.

Le pari sur Barovia n’est donc pas anodin. Ravenloft possède un atout que Forgotten Realms n’avait pas forcément : une identité visuelle et tonale immédiatement reconnaissable, portée par des châteaux hantés, une brume perpétuelle et un antagoniste central charismatique plutôt qu’un groupe de héros interchangeables. Dans un paysage saturé de fantasy épique, miser sur l’horreur gothique et un anti-héros tragique, c’est aussi se différencier des Game of Thrones et autres Le Seigneur des anneaux qui occupent déjà le terrain du space fantasy classique.

Ce que la série promet, et ce qui reste flou

Pour l’instant, aucune date de sortie n’a filtré, et le projet en est encore à un stade précoce de développement. Mais l’ADN du matériau d’origine donne une bonne idée de l’ambiance à venir. Le module de jeu de rôle dont s’inspire la série, Curse of Strahd, plonge les joueurs dans Barovia, un territoire entouré d’une brume mortelle et dirigé par le vampire sorcier Strahd von Zarovich, dans une aventure d’horreur gothique culminant par une chasse au vampire au sein du château Ravenloft. C’est précisément cette atmosphère d’enfermement, cette idée que personne n’échappe vraiment au domaine, qui semble avoir convaincu Netflix de miser gros plutôt que de relancer une franchise cinéma à l’avenir incertain.

Laisser un commentaire