Stephen King, c’est un empire de plus de 60 romans et une bonne dizaine de recueils de nouvelles, et sur les plateformes françaises, tout ce beau monde finit mélangé dans le même rayon « adaptations King ». Résultat : on jure que Ça ou Salem sortent d’une petite nouvelle bien ficelée, alors qu’il s’agit en réalité de pavés de 500 pages. L’annonce le 29 août de l’adaptation de Crouch End, une vraie nouvelle celle-là, tombe à pic pour remettre les pendules à l’heure. Alors, roman, nouvelle ou ovni narratif : combien de ces séries connaissez-vous vraiment ?
1. Ça (1990) : un pavé de 1 138 pages déguisé en simple histoire de clown
Tim Curry grimé en Pennywise a traumatisé toute une génération, mais cette mini-série ABC de 1990 adapte un monstre littéraire : le roman Ça, publié en 1986, l’un des plus longs jamais écrits par King. Rien à voir avec une nouvelle : c’est une fresque sur 27 ans, deux époques entrelacées, une bande d’enfants devenus adultes. La confusion vient souvent du format court de la mini-série (deux soirées seulement), qui laisse croire à une histoire compacte. En réalité, les scénaristes ont dû sabrer des centaines de pages pour tenir en 190 minutes.
2. The Stand : Le Fléau, romanfleuve depuis 1978
Adaptée deux fois, en 1994 puis en 2020 sur CBS All Access, The Stand tire son postapocalypse virale du roman Le Fléau, publié en 1978 et retravaillé en version intégrale (près de 1 200 pages) en 1990. King y a mis toute son ambition biblique, avec Randall Flagg comme grand méchant récurrent de son univers. Aucune nouvelle de ce calibre n’existe dans sa bibliographie : c’est un des plus gros romans jamais publiés par l’auteur, largement au-dessus du format court qu’on lui associe parfois à tort.
3. Castle Rock : le seul cas où il n’y a ni roman ni nouvelle d’origine
Piège inversé pour cette série Hulu (2018-2019) : elle ne vient d’aucun texte précis. Sam Shaw et Dustin Thomason ont construit un univers original en piochant des personnages et des lieux disséminés dans toute l’œuvre de King, de Shawshank à Cujo en passant par Le Fléau. C’est une création estampillée King, validée par lui, mais pas une adaptation au sens strict. Une bonne façon de tester qui répond « nouvelle » par réflexe alors que la bonne réponse est « aucune des deux ».
4. Mr Mercedes : un roman qui inaugure une trilogie policière
La série portée par Brendan Gleeson adapte Mr Mercedes, publié en 2014, premier volet de la trilogie Bill Hodges que King a écrite hors de son registre horrifique habituel. Trois romans, pas une ligne de nouvelle là-dedans. L’auteur voulait prouver qu’il savait faire du pur thriller sans surnaturel, et le succès critique du livre lui a donné raison. La série reprend fidèlement cette base romanesque étoffée, loin du format resserré d’une short story.
5. Lisey’s Story : le roman que King a lui-même adapté
Fait rare : c’est King en personne qui a écrit les huit épisodes de cette mini-série Apple TV+ de 2021, avec Julianne Moore. Son matériau de base, le roman Lisey’s Story publié en 2006, est l’un des textes les plus personnels de l’auteur, inspiré par son propre accident et son mariage. Encore une fois, aucune nouvelle à l’horizon : juste un roman dense que King connaissait si bien qu’il a pu le transposer lui-même à l’écran, chose qu’il ne fait presque jamais.
6. The Outsider : un roman de 2018 mixé à l’univers Holly Gibney
Portée par Jason Bateman sur HBO en 2020, The Outsider adapte le roman éponyme publié en 2018, qui introduit une créature capable de prendre l’apparence de n’importe qui. Le personnage de l’enquêtrice Holly Gibney, popularisé ici, vient en réalité de la trilogie Bill Hodges : King adore faire voyager ses personnages d’un roman à l’autre. Encore un format long adapté fidèlement, avec son lot de coupes et de réécritures pour la télévision.
7. The Institute : le roman le plus récent adapté en série
Sortie en 2025 sur MGM+, The Institute suit un adolescent doté de pouvoirs psychiques enfermé dans un centre expérimental. Elle adapte le roman du même nom publié en 2019, l’un des plus récents de King à avoir eu droit à sa série. Là encore, pas de nouvelle en vue : juste un roman complet, pensé comme tel dès le départ, avec son intrigue étalée sur plusieurs centaines de pages bien avant d’arriver sur un plateau de tournage.
8. Salem : le vrai roman qui se fait passer pour une légende urbaine courte
Nom trompeur par excellence : la série ou les films qu’on regroupe sous « Salem » adaptent en réalité Salem’s Lot, publié en 1975, le tout deuxième roman de King. Ce texte sur une ville envahie par les vampires a connu plusieurs adaptations (1979, 2004, 2024), toutes tirées du même roman complet, jamais d’une nouvelle. Et c’est là que Crouch End, LA vraie nouvelle du recueil Nightmares & Dreamscapes annoncée en série par Prime Video le 29 août, fait figure d’exception qui confirme la règle : dans la galaxie King, le format court reste la denrée la plus rare à l’écran.
Moralité : chez King, le roman est la norme et la nouvelle l’exception qu’on croise rarement en prime time. Crouch End va enfin rétablir l’équilibre.