Casinos, enseignes et rues praticables sur 360° : voici ce qui remplace les décors numériques pour le New Vegas de la saison 2

Un centre commercial abandonné de North Hollywood transformé en Strip de Las Vegas, une bourgade western de Santa Clarita repeinte en Freeside, et des dizaines de figurants qui déambulaient sur des trottoirs bien réels plutôt que devant un mur de LED. Voilà ce qui attendait l’équipe de la saison 2 de Fallout quand il a fallu donner vie à New Vegas, l’un des lieux les plus attendus par les fans du jeu vidéo sorti en 2010.

Le pari semblait fou sur le papier. Reconstituer une ville entière, avec ses casinos scintillants, ses enseignes au néon et son ambiance rétro-futuriste, sans se contenter d’un fond vert numérique. Le producteur exécutif Jonathan Nolan avait pourtant accès au meilleur de la technologie : Amazon dispose désormais d’un plateau numérique de pointe à Los Angeles, ce fameux « Volume » fait d’écrans LED géants popularisé par The Mandalorian. Mais l’équipe artistique a préféré miser gros sur le concret.

À retenir

  • Un centre commercial abandonné devient le Strip de Las Vegas avec des casinos au néon qui n’ont duré que quatre jours
  • Les flashbacks d’avant-guerre et post-guerre ont été tournés au même endroit sans reconstruction numérique
  • Novac et ses dinosaures cultes du jeu ont été reconstruits en grandeur nature dans le désert

Un centre commercial mort ressuscité en Strip post-apocalyptique

En saison 2, l’équipe a transformé le Valley Plaza strip mall de North Hollywood pour qu’il ressemble à un Sin City bombardé. Un choix qui a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux : des fans se sont amusés à éplucher des images satellites du décor pour en tirer des indices, une activité jugée plus excitante que d’analyser de simples rendus numériques. Rien de tel qu’un vrai lieu à géolocaliser pour faire chauffer les théories de fans.

Le chef décorateur Howard Cummings, nommé aux Emmy pour ce travail, ne cache pas sa fierté. Pour la scène clé où le Ghoul de Walton Goggins affronte Robert House (Justin Theroux) dans le penthouse du casino Lucky 38, le public découvre un gigantesque décor futuriste, et si la plupart des gens pensent qu’il s’agit de simples effets numériques sur fond vert, l’ensemble du plateau était en réalité pratique, à l’exception du panorama de Vegas ajouté numériquement en arrière-plan. Le détail est savoureux : l’équipe a construit tous les écrans de contrôle en y intégrant de vraies images, les moniteurs ayant été imprimés en 3D avec des dalles LED, le reste du centre de contrôle étant complété par de vieilles télévisions d’époque. Résultat, les acteurs pouvaient se déplacer librement sur le plateau comme s’il s’agissait d’un véritable lieu.

La technique de tournage réserve une surprise supplémentaire. Les séquences en flashback d’avant-guerre ont été filmées en premier, avant que l’équipe ne « saccage » le décor pour lui donner une allure d’après-guerre. Concrètement : les palmiers, impeccables au départ, finissent tous morts, et les voitures flambant neuves sont rouillées et détruites, avec un ajout de sable pour homogénéiser ce look délabré. Une seule construction, deux époques, zéro reconstruction numérique entre les deux. Ingénieux, et probablement bien moins coûteux que de tout refaire en post-production.

Freeside emprunte les rues d’un vieux décor western… et de Westworld

Le quartier de Freeside, voisin direct du Strip dans la fiction, n’a pas nécessité de nouvelle construction. L’équipe a tourné dans une ville de western à Santa Clarita, un décor déjà utilisé pour Westworld sur lequel Cummings travaillait comme chef décorateur, en refaçonnant les bâtiments pour qu’ils ressemblent à ceux du jeu vidéo. Dans la série, les deux quartiers sont voisins, séparés par le mur-frontière érigé par Howard. Recycler un plateau existant pour le maquiller en Mojave post-nucléaire, voilà une astuce qui en dit long sur la logique de production à Hollywood : pourquoi bâtir du neuf quand on peut retaper de l’ancien ?

Le niveau de détail ne s’arrête pas aux façades. Plus loin dans le désert, l’équipe a même reconstitué Novac, ville culte du jeu original. Des fuites de tournage ont montré une imposante tête de dinosaure verte, confirmant que Novac fait bien partie de la série, avec la boutique-cadeaux Dino Bite et le fameux T-Rex Dinky. Voir un décor grandeur nature construit à partir de l’un des postes de sniper les plus étranges du jeu vidéo a quelque chose d’irréel. Et concernant le Lucky 38 lui-même, l’ambiance recherchée était sans équivoque : la série capture parfaitement l’esprit rétro-futuriste du casino, entre finitions dorées, terminaux lumineux et style art déco typique de Fallout.

Éphémère par nécessité : quatre jours de vie pour un néon

Le Volume n’a pas disparu pour autant, il a simplement changé de rôle. La saison 2 a augmenté le recours au travail sur écrans LED, notamment pour des séquences impossibles à tourner autrement, comme un dirigeable géant. Mais pour le cœur battant de New Vegas, le choix du praticable s’est imposé, quitte à ce que ce soit provisoire : Cummings et la chef décoratrice Julie Ochipinti ont notamment créé un strip de casinos au néon qu’ils ont détruit quatre jours seulement après l’avoir monté, sur un total de huit épisodes.

Pour donner corps aux ambiances désertiques, une autre technique hybride a été utilisée : des prises de vues réelles du désert de Dumont Dunes, dans le Mojave, filmées au drone et à l’hélicoptère, ont ensuite été composées avec un décor virtuel, avant qu’une partie de ce dernier ne soit physiquement reconstruite sur le plateau. Même le patron de Bethesda, Todd Howard, a salué le résultat sans détour, saluant la capacité de l’équipe à réaliser ce projet à cette échelle, avec une part très importante de décors pratiques, qu’il juge incroyable. Un compliment qui pèse lourd venant de celui qui a supervisé le jeu original pixel par pixel, et qui confirme que le vrai luxe, pour une superproduction en 2026, reste parfois de couler du plâtre plutôt que du code.

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