Les scénaristes de Strange New Worlds ne font plus démarrer l’amitié Spock-Kirk sur l’Enterprise : ce qu’ils placent avant ne se devine qu’en revoyant la série de 1966

Trois ans de coups d’œil discrets, de missions communes et d’un mind-meld improvisé pour sauver deux vaisseaux : voilà comment Strange New Worlds a fini par sceller l’amitié la plus célèbre de la science-fiction. Et le plus surprenant, c’est où les scénaristes ont choisi de la faire naître. Pas sur le pont de l’Enterprise sous le commandement de Kirk, comme on l’a longtemps supposé en regardant la série originale de 1966. Mais des années plus tôt, quand James T. Kirk n’est encore qu’un jeune officier du Farragut qui débarque de temps en temps sur l’Enterprise de Pike, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son destin de capitaine.

À retenir

  • Les scénaristes de Strange New Worlds ont placé la première rencontre de Kirk et Spock plusieurs années avant l’Enterprise, changant radicalement la compréhension du canon original
  • Un mind-meld tactique en saison 3 devient le véritable tournant qui forge leur lien, pas une simple rencontre formelle
  • Cette chronologie cachée réécrit entièrement la lecture de Where No Man Has Gone Before en révélant ce que la série originale avait toujours supposé

Une rencontre que la série de 1966 n’a jamais montrée

Voilà le vide que Strange New Worlds est venu combler. Dans The Original Series, personne n’explique jamais comment Kirk et Spock se sont connus. Le deuxième pilote, Where No Man Has Gone Before, avait beau être le premier épisode filmé qui présentait Kirk et Spock, tourné en 1965 avant sa diffusion en 1966, il ne raconte pas leur genèse. Ils sont déjà collègues, déjà en confiance. La série originale a toujours traité leur lien comme une évidence, jamais comme une histoire à raconter.

Strange New Worlds a choisi de raconter précisément ce qui manquait, et le lieu de la rencontre change tout. Kirk et Mitchell se sont connus au début des années 2250 et sont devenus amis à l’Académie de Starfleet, alors que Kirk n’a rencontré Spock qu’après avoir été affecté à l’USS Farragut. C’est Ensign Nyota Uhura qui introduit Kirk et Spock dans l’épisode « Lost in Translation » de la saison 2, une scène de fin d’épisode où les trois personnages traînent ensemble, presque par hasard. Rien d’épique, rien de scénarisé comme un grand moment fondateur. C’est justement ce qui rend la chose crédible : dans la vraie vie, les grandes amitiés ne commencent jamais avec une fanfare.

Le mind-meld qui a tout changé

La saison 3 pousse le curseur plus loin. Dans l’épisode « The Sehlat Who Ate Its Tail », l’USS Farragut, où Kirk est alors premier officier, se retrouve pris dans une catastrophe planétaire, et le capitaine vulcain du vaisseau étant blessé, Kirk prend le fauteuil pendant que l’Enterprise arrive porter secours, en téléportant une partie de son équipage, dont Spock. Face à la pression, Kirk montre des signes de rupture et un management tyrannique, et c’est Spock, le moins émotif du navire, qui est choisi pour le conseiller et contrebalancer son impulsivité, avant qu’ils ne réalisent qu’ils forment une bonne équipe.

Mais le vrai tournant arrive dans le finale de la saison 3, « New Life and New Civilizations ». Le lien psychique vulcain devient une solution au problème de coordination exacte des tirs de phaseurs entre l’USS Enterprise et le Farragut, pour aider les capitaines Pike et Batel sur Skygowan. Le mind-meld n’est pas un caprice romantique de scénaristes en manque d’inspiration : c’est une nécessité tactique qui débouche sur une intimité totale. Leur lien tacite a été forgé par cette union mentale, où ils ont appris des détails intimes l’un sur l’autre, Spock découvrant le comportement douteux de Kirk sur la lune d’Orion, et Kirk apprenant les « leçons de danse » du Vulcain. Ethan Peck, qui incarne Spock, a résumé cette idée de rencontre instinctive avec une formule qui a marqué les fans : « Sometimes there’s this really great sentiment of falling platonically in love, and that’s how I described their first meeting between the two of them. It’s just something unspoken, and it’s just something instinctual. »

Pourquoi ce choix change la lecture de 1966

Ce qui frappe, une fois qu’on connaît cette chronologie, c’est de revoir Where No Man Has Gone Before avec un œil neuf. Les scénaristes de la série de 1966 n’avaient jamais eu besoin d’expliquer leur proximité, tout simplement parce que dans leur esprit, Kirk et Spock se connaissaient déjà depuis un moment quand la caméra a commencé à tourner. Strange New Worlds ne contredit pas cette continuité, il la nourrit rétroactivement. Le site Screen Rant résume bien l’enjeu : ce nouveau contexte devient le point d’origine de chaque sacrifice, chaque moment fraternel, et la base de la loyauté indéfectible entre le futur capitaine de l’Enterprise et son premier officier vulcain.

Certains fans pointent tout de même de petites frictions avec le canon original, notamment sur le fait que Spock déclare à McCoy n’avoir jamais utilisé le lien mental sur un humain, alors qu’en saison 3 de SNW il a déjà pratiqué la fusion mentale avec Kirk et Marie Batel. Mais comme le note CBR, les fans de « Spirk » ont plutôt tendance à ignorer librement le canon ou à tenter de combler eux-mêmes les trous entre ce qui est montré et ce qui est dit à l’écran. Une approche que la série elle-même a fini par adopter, quitte à jongler avec sa propre chronologie.

La saison 4 continue de retarder l’inévitable

Le plus étonnant, c’est que même après le mind-meld, les scénaristes refusent de précipiter les choses. Dans un épisode diffusé début août, l’équipage de l’Enterprise profite d’une pause sur une planète-resort qui promet un « naturally inebriated » grâce à des gaz planétaires, et pendant que tout le monde fait la fête, Spock joue à des jeux de société avec Kirk et lui confie n’avoir jamais eu de « human best friend ». Le twist ? Spock pensait que ce Kirk n’était qu’une hallucination, alors qu’il s’agissait bien du vrai Kirk depuis le début. Une scène presque burlesque, mais qui confirme la méthode de la série : construire l’amitié par petites touches absurdes plutôt que par un grand discours solennel.

Paul Wesley, l’interprète de Kirk, décrit cette attraction comme un mystère que les deux acteurs eux-mêmes ne cherchent pas à trop expliquer : « Kirk is drawn to Spock and he’s not sure why ». C’est peut-être là le vrai coup de génie des scénaristes : avoir compris qu’une amitié légendaire n’a pas besoin d’une origine spectaculaire, juste d’un paquet de moments minuscules qu’on ne remarque qu’en y repensant, casque de réalité virtuelle rétroactive sur le nez, épisode de 1966 compris.

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