George R.R. Martin a 76 ans : le 4 août, il a écrit sur son blog la phrase que les lecteurs du Trône de fer redoutaient depuis quatorze ans

« Le pire est peut-être encore à venir. » Cette phrase, glissée dans un billet publié le 3 août sur son blog personnel, restera comme le moment où George R.R. Martin a mis des mots sur ce que ses lecteurs redoutaient depuis des années sans jamais oser se l’avouer vraiment. « I have lost friends. Battled sadness and depression. The worst may be yet to come. » Pas une annonce de retraite, pas un diagnostic médical, mais l’aveu, rare chez cet auteur habituellement pudique sur sa vie privée, que l’écriture du sixième tome du Trône de fer se heurte désormais à quelque chose de plus grand que le simple syndrome de la page blanche.

À retenir

  • George R.R. Martin disparaît six mois puis avoue publiquement ses démons intimes
  • The Winds of Winter reste le grand absent du billet malgré quatorze ans d’attente des fans
  • Entre Emmy Awards et relations tumultueuses avec les adaptations télévisées, Westeros vit sans son créateur

Un silence de six mois brisé par un aveu

Le romancier de 77 ans avait disparu de son Not a Blog pendant près de six mois. Dans un billet publié lundi 3 août, il a livré à ses lecteurs sa première mise à jour personnelle depuis le 19 février, précisant que les publications intermédiaires avaient été rédigées par son équipe. « Remember me? » a-t-il commencé. « It’s been a while, I know. My last blog post went up here on February 19. The posts that came after were made by my mighty minions. » Le ton, immédiatement, tranche avec l’habituelle bonhomie du créateur de Westeros.

Ce qui suit ressemble à une confession. « This year has been… stressful, to say the least. So much has been happening, it’s been overwhelming. Some great things, exciting things. Dreams coming true. But there have been nightmares too », écrit-il, avant d’évoquer frontalement la perte de proches et une bataille contre la dépression. « I turned seventy-seven last September, and I tell you, getting old is no fun », ajoute-t-il, sans détailler davantage un état de santé mentale qu’il qualifie lui-même de fragile. Aucune hospitalisation, aucun traitement mentionné : juste la fatigue d’un homme qui admet, pour la première fois aussi clairement, que le poids des années s’accumule.

Les Vents de l’Hiver, l’éléphant dans la pièce

Le plus frappant, dans ce texte, c’est peut-être ce qu’il ne dit pas. Le billet est court mais poignant, et offre une mise à jour personnelle sans jamais mentionner l’éléphant dans la pièce que représente The Winds of Winter. Pour les fans qui scrutent chaque ligne de ce blog depuis quatorze ans dans l’espoir d’une date de sortie, ce silence en dit long. Le dernier tome paru, A Dance with Dragons, remonte à 2011. Depuis, le manuscrit tournerait autour de 1 100 pages achevées, avec encore plusieurs centaines à écrire selon les estimations les plus recoupées.

L’auteur avait pourtant, en 2006, promis que la suite « ne devrait pas prendre longtemps ». Vingt ans plus tard, la formule sonne comme une ironie amère. Les observateurs les plus assidus du dossier notent que le nombre de jours écoulés depuis la sortie du dernier tome a désormais dépassé celui qui séparait le premier livre du dernier de la saga originale, un vertige temporel qui donne la mesure du retard accumulé. Le message du 3 août ne referme pas ce dossier, il l’épaissit : comment continuer à espérer un roman de plusieurs centaines de pages quand son auteur admet publiquement lutter contre la dépression et le chagrin ?

Entre deuil et Emmys, une année de montagnes russes

Le billet n’est pourtant pas uniquement sombre. Martin y célèbre longuement les neuf nominations aux Emmy Awards obtenues par A Knight of the Seven Kingdoms, série tirée de ses novellas Dunk et Egg, incluant la catégorie reine de la meilleure série dramatique. « I am proud of our team, and hope we take home a few of the statues, but I will confess that I was hoping we’d get a few of the acting nominations as well. But there’s always next year », plaisante-t-il, retrouvant l’espace d’une phrase son humour habituel.

Ce succès contraste nettement avec sa relation, jugée « abysmale » avec le showrunner de House of the Dragon Ryan Condal, dont il a affirmé au début de l’année que la série n’était « plus son histoire ». Deux séries, deux sentiments radicalement opposés : l’une le comble artistiquement, l’autre semble avoir participé à alourdir une année déjà difficile. On mesure ici combien la franchise Trône de fer est devenue, pour son créateur lui-même, un terrain à la fois de fierté et de frustration.

Ce que ce billet change vraiment

Faut-il enterrer The Winds of Winter ? Rien, dans ce texte, ne confirme une annulation. Mais rien n’infirme non plus ce que beaucoup pressentaient : que l’âge, le chagrin et la lassitude pèsent désormais autant que l’ampleur du projet littéraire lui-même. Martin promet malgré tout de revenir plus régulièrement, avec l’aide de son équipe, pour des billets « short and rushed » plutôt que son silence habituel. En attendant, la scène londonienne accueille dès le 8 août une nouvelle pièce tirée de son univers, Game of Thrones: The Mad King, à la Royal Shakespeare Company : preuve que Westeros continue de vivre, avec ou sans le sixième tome, sur toutes les scènes sauf celle du roman qu’on attend depuis quinze ans.

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